ADOLESCENCE ET FANTASME D’IMMORTALITE

5 Fév

le-caravage-narcisse-1599Conférence du 31 janvier 2013

Médiathèque du Grand Troyes

Dans le cadre du cycle de conférences organisé par  l’Institut Universitaire Rachi et la Médiathèque du Grand Troyes :

« LES MÉTAMORPHOSES DE L’HOMME

ADOLESCENCE ET FANTASME D’IMMORTALITE

Une lecture pour introduire le sujet:
«Nous naissons, pour ainsi dire deux fois : l’une pour exister, l’autre pour vivre ; l’une pour l’espèce, et l’autre pour le sexe (…)
L’homme, en général, n’est pas fait pour rester toujours dans l’enfance. Il en sort au temps prescrit par la nature ; et ce moment de crise, bien qu’assez court, a de longues influences.


Comme le mugissement de la mer précède de loin la tempête, cette orageuse révolution s’annonce par le murmure des passions naissantes ; une fermentation sourde avertit de l’approche du danger. Un changement dans l’humeur, des emportements fréquents, une continuelle agitation d’esprit, rendent l’enfant presque indisciplinable. Il devient sourd à la voix qui le rendait docile ; c’est un lion dans sa fièvre ; il méconnaît son guide, il ne veut plus être gouverné.
Aux signes moraux d’une humeur qui s’altère se joignent des changements sensibles dans la figure. Sa physionomie se développe et s’empreint d’un caractère ; le coton rare et doux qui croît au bas de ses joues brunit et prend de la consistance. Sa voix mue ou plutôt il la perd : il n’est ni enfant ni homme et ne peut prendre le ton d’aucun des deux. Ses yeux, ces organes de l’âme, qui n’ont rien dit jusqu’ici, trouvent un langage et de l’expression ; un feu naissant les anime, leurs regards plus vifs ont encore une sainte innocence, mais ils n’ont plus leur première imbécillité : il sent déjà qu’ils peuvent trop dire ; il commence à savoir les baisser et rougir ; il devient sensible avant de savoir ce qu’il sent ; il est inquiet sans raison de l’être. Tout cela peut venir lentement et vous laisser du temps encore : mais si sa vivacité se rend trop impatiente, si son emportement se change en fureur, s’il s’irrite et s’attendrit d’un instant à l’autre, s’il verse des pleurs sans sujet, si, près des objets qui commencent à devenir dangereux pour lui, son pouls s’élève et son œil s’enflamme, si la main d’une femme se posant sur la sienne le fait frissonner, s’il se trouble ou s’intimide auprès d’elle, Ulysse, Ô sage Ulysse, prend garde à toi ; les outres que tu fermais avec tant de soin sont ouvertes ; les vents sont déjà déchaînés ; ne quitte plus un moment le gouvernail, ou tout est perdu.
C’est ici la seconde naissance dont j’ai parlé ; c’est ici que l’homme naît véritablement à la vie, et que rien d’humain n’est étranger à lui.»
Jean-Jacques ROUSSEAU, l’Emile livre cinq.

Voilà ce que nous dit Jean-Jacques ROUSSEAU ( dans Emile ou l’éducation, en 1762) de celui qu’il ne nomme pas encore «adolescent».

Seconde naissance donc, mais «la naissance est mort et la mort est naissance» n’a cessé de dire Françoise DOLTO ; renaissance d’une «mort à l’enfance», phase de mutation, dit-elle, «aussi capitale que sont la naissance et les quinze premiers jours de la vie pour le petit enfant» (La cause des adolescents, 1988, Robert Laffont, p.16).

Quant à l’idée d’immortalité, il s’agit d’une conception partagée par l’humanité depuis la nuit des temps : il n’y a aucune place dans l’inconscient pour la «représentation de notre propre mortalité» nous dit FREUD (L’inquiétante étrangeté 1919 in Essais de psychanalyse appliquée, PUF, p.195), «la mort propre est irreprésentable et aussi souvent que nous en faisons la tentative, nous pouvons remarquer qu’à vrai dire nous sommes là en tant que spectateurs. C’est pourquoi dans l’école psychanalytique on a pu risquer cette assertion : personne au fond ne croit à sa propre mort ou ce qui revient au même : dans l’inconscient chacun de nous est convaincu de son immortalité »  (Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, 1915, p. 143).
L’inconscient en effet ignore le temps et donc le passage du temps et n’admet ni le doute ni la négation.

L’incapacité à se représenter sa propre mort n’exclut pas pour autant la capacité de se savoir mortel et l’angoisse de mort qui l’accompagne.
Pour FREUD, l’angoisse de mort renvoie, dans un premier temps (1ère topique) à l’angoisse de castration. Avec la 2ème topique et l’introduction des pulsions de mort (pulsions de vie/ pulsions de mort, avec le risque de la désintrication des pulsions), l’immortalité dénie la mort.
Pulsions de mort et immortalité renvoient l’une à l’autre.

Être un homme c’est craindre la mort, comme nous le rappelle une bonne partie de la littérature philosophique et tenter de la penser c’est le plus souvent la dénier : «Il est inutile d’y songer. Tant que nous sommes là, elle n’est pas ; quand elle est là, nous ne sommes plus» nous dit Epicure.

En quoi nos stratégies d’immortalité se modifient-elles dans ce moment délicat du passage à l’âge adulte ?

Si on considère le mot «adolescent» qui vient du latin «adolescere» qui signifie «grandir», ce terme désigne la période intermédiaire entre l’enfance et la vie adulte et a pris le pas sur la notion de «puberté», il est un concept limite entre un processus de maturation psychologique et un phénomène social.

Si on considère le fantasme d’immortalité, le fantasme est défini par FREUD, comme un scénario imaginaire où le sujet est présent, scénario qui figure de façon plus ou moins déformée par les processus défensifs, l’accomplissement d’un désir inconscient le plus souvent, une mise en scène où l’interdit est toujours présent dans la position même du désir. Pour LACAN qui en souligne la fonction défensive, il est un « arrêt sur image », moyen d’empêcher le surgissement d’un épisode traumatique et s’inscrit dans une structure signifiante.

Depuis le mythe d’Hébé, mythe de la jeunesse éternelle, depuis la fascination du monde grec pour la jeunesse, ce temps « sauvage » à la marge de la cité, à discipliner, éduquer [par la participation aux rituels pour la jeune fille (Cf la transgression d’Antigone) le corps militaire pour le jeune homme (Cf la révolte d’Achille contre Agamemnon)], le fantasme d’immortalité de l’adolescence a toujours été pris dans le regard de l’autre et mobilisé par ce que lui en renvoie l’autre. De même que l’on a pu dire qu’un bébé tout seul, cela n’existe pas, on pourrait dire qu’un adolescent tout seul (et encore moins un « adolescent en crise tout seul ») ça n’existe pas.

Qu’en est-il donc de notre regard sur l’adolescence ?

La construction du concept est en effet liée aux évolutions sociales et culturelles en Occident et plus précisément en France. L’évolution des représentations positives ou négatives renvoie à l’état de la société, son évolution, ses inquiétudes, ses propres crises.

Le concept d’adolescence se précise à la fin du XIXème siècle, comme étape de la vie (espérance de vie accrue, scolarisation de masse progressive).

Au XXème siècle s’élaborent différents discours sur l’adolescence, parfois contradictoires (médical, pédagogique, social, politique) souvent toujours d’actualité.
Voir par exemple le discours sur les «Apaches», bandes de jeunes des quartiers populaires du Paris de la Belle Époque qui sera repris à chaque génération (zazous, blousons noirs etc et qui n’est pas sans évoquer le discours actuel sur les jeunes de banlieue).

L’arrivée à l’adolescence de la génération du «baby-boom» (nés entre 1944 et 1955) marque un changement important dans les années 60.
L’adolescence devient réellement une classe d’âge (avant on a pu parler d’un «âge de classe»), pour des raisons démographiques ( les moins de 20 ans représentent alors plus du tiers de la population française), des raisons sociales avec une uniformisation relative des modes de vie grâce à la prospérité des trente glorieuses, une uniformisation culturelle par l’allongement de la scolarité obligatoire, portée à 16 ans en 1959 (dans les années 50, 1/3 des enfants de 14 ans entraient dans le monde du travail), des raisons économiques, l’adolescent devenant un consommateur, cible privilégiée pour des produits qui lui sont spécifiquement destinés et différents du marché des adultes.
Une industrie culturelle nouvelle forge une image de l’adolescent, dans la littérature (inaugurée par Bonjour tristesse en 1954, de Françoise Sagan, âgée alors de 19 ans), le cinéma (mythe de James Dean, La fureur de vivre 1955), la musique avec le phénomène «yéyé», la radio avec l’émission «Salut les Copains» (1959) où déjà, les adolescents parlent aux adolescents.

Depuis une vingtaine d’années, la notion d’adolescence et l’usage du mot lui-même recouvrent des réalités plus floues.
Depuis les années 80, les «baby-boomers» devenus à leur tour parents, les relations entre générations sont devenues plus complexes, la logique de solidarité intergénérationnelle dans une société elle-même en crise, prenant le pas sur un conflit de générations et le conflit entre les générations se déplaçant dans un champ plus culturel («technologico-culturel» pourrait-on dire, avec les nouvelles interactions, les nouveaux espaces d’expression et de communication que permet le développement technique ).

Devant la permanence de la puberté, qui n’est pas nouvelle et les phénomènes physiologiques et psychologiques qui accompagne ce passage de l’enfance à l’âge adulte, la réponse de la société a changé, l’image que renvoient les adultes à l’adolescent a changé.
De plus l’allongement de l’adolescence (avec l’abaissement de l’âge de la puberté pour sa limite inférieure et une maturité sociale, entrée dans le monde du travail et indépendance financière, retardée) en complique l’issue.

Bien que toujours jugée dangereuse et inquiétante, l’adolescence devient dans notre société «jeuniste» qui dénie la mort et promeut des idéaux de santé, de beauté, de performances physiques, de puissance dans tous les domaines (l’espérance de vie n’a jamais été aussi longue), un idéal à imiter, prise dans un effet de miroir entre les générations, accompagné d’une grande ambivalence et de rivalité.
L’adolescence, âge des paradoxes (conquérir mais être protégé, réussir mais ne pas travailler, être amoureux mais séduire etc), nous met face à nos propres contradictions d’adultes.
La puberté existe dans le monde animal ; elle a comme effet le partage du territoire, du pouvoir et des objets sexuels et remet donc en cause l’organisation sociale. Cette obligation de changement, menaçante pour les adultes [rien ne se crée sans rupture, sans nouveauté ; le nouveau est toujours anxiogène et la créativité appartient à la jeunesse. Les révolutionnaires sont jeunes !], est ce qui constitue la «crise d’adolescence», menaçante pour les adolescents qui vont devoir faire leurs preuves avec la menace potentielle, anxiogène, de l’inconnu. S’il ne peut plus faire porter à ses parents, aux contraintes matérielles, environnementales etc, le poids de ses contradictions, l’adolescent doit les vivre et mettre à l’épreuve ses propres ressources.
Le paradoxe est sans doute ce qui définit le mieux l’adolescence car l’adolescent qui énonce souvent des opinions ou des désirs contradictoires, fait lui-même l’expérience de ses contradictions dans ses émotions, ses sentiments, ses pensées, il les «éprouve», parfois dans la souffrance et les traduit dans son comportement.

Le terme de «crise», dans notre culture, a pour écueil de mettre l’accent sur le versant négatif d’un «âge ingrat» à passer, en attendant une maturité qui serait de meilleur aloi, en laissant de côté toutes les potentialités nouvelles et positives de ce processus psychologique.
[L’adolescence est une période qui crée du génie. La créativité adolescente est par essence contestataire. Voir RIMBAUD qui a écrit ses plus beaux poèmes entre 15 et 17 ans.]

Dans une ouverture au monde de plus en plus large, un monde de plus en plus libre, avec un éventail de choix qui n’a jamais été aussi grand, des possibilités d’épanouissement tant au niveau du corps, que des connaissances ou de la sociabilité, l’adolescent doit découvrir qui il est (identité subjective) et découvrir qui il aime et ce qu’il désire (identité sexuelle). Mais il doit faire un choix et qui dit choix dit renoncement (plus il y a de possibilités plus il y a d’incertitude ) avec la peur de se tromper ou de ne pas «y arriver», de ne pas faire ses preuves. Plus grande est l’ouverture (dans le sens de la vie, des pulsions de vie), plus grande est la menace, plus grande est la peur de l’inconnu (la liberté est anxiogène car on perd la protection des limites).

L’enjeu de la puberté et de ses transformations est «d’amener la vie sexuelle infantile à sa forme définitive et normale» écrit FREUD.
La puberté se caractérise, en tant que stade du développement libidinal, par l’unification et la hiérarchisation des pulsions partielles sous le primat du génital, de sorte que le plaisir attaché aux zones érogènes non génitales devient préliminaire à l’orgasme. Le primat génital est donc le mode de dépassement normal de la disposition «perverse polymorphe» de l’enfance.

Le travail psychique intense de la puberté réactive le conflit oedipien [rejet inconscient du parent de même sexe et projection amoureuse sur le parent de sexe opposé, l’enfant redoutant la punition du parent rival]et l’angoisse de castration, sous des formes nouvelles.
Il vient, selon FREUD, donner un sens «après-coup» aux expériences infantiles restées en suspens.

Pour être effectives dans la psychosexualité, les transformations de la puberté sont normalement préparées par le travail d’élaboration de la période de latence. [actuellement nous assistons souvent à un échec de la latence].

La réactivation des pulsions sexuelles, exacerbées par les transformations physiologiques, s’accompagne d’une réactivation des pulsions agressives (ces deux types de pulsions, pulsion sexuelle et pulsion agressive, sont nécessaires à l’espèce humaine et à sa survie). C’est cette force des pulsions qui provoque chez l’adolescent, toute une série de comportements, d’émotions, d’humeurs, souvent intenses, nouvelles et changeantes, à la fois vis à vis de lui-même et vis à vis de son entourage.

Pour Donald WINNICOTT, l’adolescent doit passer par une zone de «pot au noir» (terme de navigation aérienne et de marine, choisi pour traduire le terme anglais, utilisé par WINNICOTT,«doldrums», terme de navigation où on ne sait pas de quel côté le vent va tourner où s’il va y avoir du vent) [qui nous rappelle le texte de ROUSSEAU et les magnifiques pages du Bateau Ivre de RIMBAUD], phase de suspens où il réédite la relation triangulaire aux parents dans le complexe d’Œdipe avec «un nouveau pouvoir de destruction et de mort», où l’adolescent alterne ou fait coexister l’ «indépendance qui défie et la dépendance régressive», où il se sent isolé (les adolescents, dit WINNICOTT, sont des «isolés rassemblés, qui s’efforcent par divers moyens de former un agrégat en adoptant une identité de goûts.(…) C’est là une organisation paranoïde en réaction à l’attaque». C’est un moment où l’adolescent lutte pour établir une identité personnelle, pour «se sentir réel», utilisant parfois le groupe pour l’aider à  « se sentir réel »  dans sa lutte pour traverser le «pot au noir». Une des fonctions du groupe est l’élaboration d’une conscience d’identité des adolescents.

La principale tâche de ce processus de développement est un remaniement de l’image du corps et de la façon dont l’adolescent vit son corps (grande préoccupation pour l’adolescent, il a besoin de le surveiller, de le contrôler). Le corps est le premier représentant des pulsions sexuelles et agressives plus ou moins conscientes (il est un moyen d’expression symbolique des conflits de l’adolescent, expression symbolique de son identité sexuelle). Il modifie pour l’adolescent sa relation à l’espace (ses dimensions changent, la façon de se mouvoir), sa relation au temps.

Françoise DOLTO (1908-1988) 1988 La cause des adolescents, 1989 Parole pour adolescents ou le complexe du homard, insiste sur l’idée de «mue» de l’adolescent au sujet de laquelle il ne peut rien dire. Pour illustrer ce moment de fragilité extrême, Françoise DOLTO utilise l’image du homard et des langoustes qui perdent leur carapace et se cachent sous les rochers le temps d’en acquérir une nouvelle. S’ils sont blessés, les cicatrices ne s’effaceront pas, même recouvertes par la nouvelle carapace.

La stabilisation progressive de l’image du corps permettra l’émergence d’un sentiment d’identité.

Les modifications physiologiques et pulsionnelles entraînent un autre mouvement intrapsychique, une autre tâche que devra effectuer l’adolescent : celle de se détacher de ses «objets infantiles» (mode de relation, attachement, vécus dans l’enfance, refuge maternel ou parental).
Ce détachement, ces «adieux à l’enfance» sont nécessaires pour l’individuation du sujet mais aussi pour fonder son identité sexuelle, partie intégrante de l’identité.

Le travail de l’adolescence, art de devenir quelqu’un, se centre sur la question de la séparation d’avec l’objet primaire (problématique de détachement) et la question d’une élaboration d’une identité subjective : se construire et penser soi-même dans un lien différencié à l’autre. L’adolescence est une épreuve identitaire : se sentir exister pour soi-même et par soi-même, s’opposant à la confusion des espaces psychiques et des identifications.

L’adolescent écrit rené Roussillon est «un migrant» et la période qu’il traverse, le «pot au noir», est caractérisée par une forme de vulnérabilité psychique liée en grande partie à ce sentiment de précarité identitaire. Son évolution, sa capacité à sortir de ce «pot au noir» va dépendre des «réponses» qu’il va obtenir de son entourage (les parents, la famille) et de la société.

La puberté est le moment de l’élaboration de la représentation de la complémentarité de deux sexes différents et par là de la bisexualité psychique (tandis que la logique d’un sexe unique, au stade phallique, donnait toute sa portée à l’angoisse de castration).
«La complémentarité des sexes est la représentation qui, à l’adolescence, symbolise les fonctions nouvelles du corps. Elle est étayée sur la perception de la différence des sexes, non comme preuve de la castration, mais comme alternative à celle-ci. En ce sens, elle restaure le moi-idéal de l’enfant parce qu’elle véhicule l’illusion de la complétude »  (Annie BIRRAUX, 1994, L’adolescent face à son corps, p.56).

Les transformations de la puberté imposent un choix d’identité sexuelle (avec la perte d’une bisexualité potentielle et de l’indétermination de l’enfance).

L’adolescence est donc un temps de déconstruction et de reconstruction dans le registre de l’identité subjective et de l’identité sexuelle. Elle est ce moment aigu du «pot au noir» où il y toujours la possibilité d’un passage de la créativité à la destructivité.

C’est le corps qui va, en première ligne, servir de support au fantasme d’immortalité, corps investi ou attaqué. Éventuellement attaqué (dans la mise en danger physique, l’anorexie, les tentatives de suicide etc). Le corps peut être attaqué dans ces deux dimensions:

corps de l’enfant avec ses liens aux images parentales du passé infantile.

corps sexué qui s’accompagne des images parentales de l’actualité fantasmatique incestueuse ou excitante.

= tuer le corps infantile ou tuer le corps sexué (avec différentes issues selon la problématique et la dynamique familiale qu’elle interroge).

La profusion actuelle des écrits sur l’adolescence rend compte des difficultés de notre société, voire de son incapacité, à régler le problème de la place des jeunes, leur désarroi, leur détresse parfois dans leur passage délicat à l’âge adulte.

La mythologie nous offre déjà de nombreux mythes où l’adolescence et la mort sont intimes :
– mythe de Narcisse qui se perd pour n’avoir pu se risquer à l’amour de l’autre (repousse la nymphe Echo).
On peut penser également à Œdipe qui va mettre en acte son destin, lorsqu’il en a la possibilité physiologique.
Le thème de la mort fatale se retrouve dans le couple adolescent, le premier amour n’échappant pas à une fin tragique :
Roméo et Juliette de Shakespeare
Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre
Tristan et Yseult
Pélléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck et Claude Debussy

D’un point de vue économique, l’adolescent a souvent été considéré en psychanalyse, nous l’avons vu, comme le dernier grand conflit de développement.
Mais les théories psychanalytiques ont progressivement dégagé une spécificité de l’adolescence qui n’est plus uniquement la fin de l’organisation infantile sous l’effet de la puberté, une dernière marche dans l’édifice de la croissance, ni un entre-deux entre enfance et maturité, entre l’organisation sexuelle infantile et une organisation génitale adulte, mais une organisation spécifique qui induit des remaniements de l’ensemble du fonctionnement psychique et de l’organisation de la personnalité.

Le passage d’une sexualité infantile aux potentialités de la sexualité adulte est déterminant et identitaire. S’il n’a pas lieu, il n’y a pas d’adolescence à vivre. La puberté est une condition nécessaire mais non suffisante à l’adolescence.
Cette maturation biologique, s’impose à l’adolescent. Il ne la choisit pas et ne choisit pas le moment où elle a lieu.
L’adolescent est confronté à une passivité première face aux transformations corporelles et à leurs conséquences relationnelles ; il va devoir se réapproprier ces transformations, il va devoir faire un travail de subjectivation.

De nombreux troubles ont été interprétés en référence à la notion d’augmentation pulsionnelle quantitative, libidinale et destructrice, avec débordement du pare-excitation, des capacités de contenance et d’élaboration, de liaison non seulement du moi mais de l’appareil psychique.
Les premières règles, les premières éjaculations, les premiers orgasmes, peuvent être à l’origine d’angoisses importantes, voire de désorganisation.
«Il est probable que l’angoisse de castration sous-tende l’impression de vide qui peut aller jusqu’à une réaction dépressive» écrit Françoise DOLTO (p.58).

Dans le processus pubertaire, l’activation pulsionnelle renforce la contrainte exercée par les fantasmes sexuels inconscients, en rapport avec les inscriptions de la sexualité infantile et le complexe d’œdipe : l’organisation défensive et les régulations narcissiques s’en trouvent bouleversées.
Les pulsions à la fois sexuelles et agressives confrontent l’adolescent à ses désirs incestueux et parricides. Elles les réactivent au moment où il a la possibilité physiologique d’un passage à l’acte, de la réalisation de ses désirs (l’écart qui caractérisait le stade phallique ou stade génital infantile, entre les désirs oedipiens et les possibilités biologiques de réalisation se trouve réduit).

Lorsqu’à la haine du corps propre et à la lutte contre l’identification au parent du même sexe, s’associe la haine pour le parent oedipien, cause de déception, de désillusion de la blessure narcissique, de la castration, l’intensité de l’angoisse peut alors entraîner une «rupture dans le développement» (la psychose comme épisode aigu ou comme processus résulte de cet impact pubertaire du conflit oedipien).
Mais de manière plus banale, sont fréquents par exemple les fantasmes de toute puissance et d’auto-engendrement, la fascination par des  « idoles »  ou des gourous, des phénomènes de groupes, illusion groupale, adhésion à des sectes …Dans le même mouvement où il désidéalise ses parents, où il les dévalorise, l’adolescent va idéaliser un modèle extérieur.

Actuellement, les réflexions sur l’adolescence conduisent à penser l’adolescence comme une remise au travail des expériences de la toute première enfance. Pour René ROUSSILLON, dans cette reprise des expériences du nourrisson, «l’orgasme menace d’apparaître à l’adolescent comme s’il était un mode de retour des hallucinations primitives» (Précarité et vulnérabilité identitaires à l’adolescence, revue Adolescence, 72, 2010, p.243).  « La sexualité adolescente retrouve le corps à corps qui caractérisait les expériences du tout petit enfant ».

Le travail de réappropriation de l’éprouvé corporel va rencontrer la question de l’acte et de l’agir car  « l’adolescent va mobiliser les potentialité de l’agir pour tenter de différencier les registres psychiques menacés de confusion et tenter d’introduire des limites en s’étayant sur celles du corps » (p.244).

René ROUSSILLON propose l’expression «passage par l’acte», l’acte offrant à la psyché les limites du corps. Il permet à l’adolescent de s’éprouver dans la période de vacuité, d’ennui, dans l’état «informe» (amorphe = sans forme) où il se trouve, préalable selon WINNICOTT à toute tentative créative de mise en forme de soi.

Dans la quête de sens d’allure ordalique [ordalie = jugement de Dieu, épreuve judiciaire par les éléments naturels, l’eau, le feu], il y a une quête de l’inconnu, de ce qui échappe à toute représentation, d’un inconnu en soi, inconnu des réactions émotionnelles comme de l’éprouvé sensori-moteur.
L’ordalie confronte à la mort, «face à une incapacité à représenter et à ressentir, une non-permanence d’un sentiment de continuité d’exister». «Être à soi-même sa propre fin, risquer, c’est se poser seul face à ses limites, limites de ses capacités physiques et limites de ses capacités à symboliser» (Vincent DI ROCCO Goûter la saveur de la mort, Adolescence 72, p.295).

Les conduites à risque, les conduites ordaliques, les pathologies qui mettent en danger le jeune (drogues, pathologies alimentaires, fugue, suicide, mises en danger physiques dans des sports extrêmes ou des jeux périlleux etc) viennent interroger l’immortalité lorsque l’adolescent n’est pas convaincu de son fantasme d’immortalité. Il interroge alors son fantasme par des actes, il le met à l’épreuve.

Le passage par le corps, par des sensations, donne un sentiment de pouvoir (sensation de toute puissance, de liberté «je suis cap’») qui vient conjurer l’angoisse des émotions subies (qui peuvent envahir, déborder). Il transforme la passivité menaçante en activité. C’est l’illusion d’une puissance qui est proportionnelle à l’anxiété, à l’angoisse.

La position mégalomaniaque infantile est réactivée en organisation défensive contre la souffrance due à la perception du réel de la rupture, de l’idée de mort. Elle permet à l’adolescent de reconnaître qu’il y a risque de mort mais qu’il sera plus fort. Si le sujet est plus fort que la mort, elle n’existe pas.

La psychanalyse observe que l’enfant n’hésite pas à faire de la mort la conséquence d’un meurtre ( la relation à la mort trouve là l’origine de la pulsion de tuer, refoulée par l’interdit moral «tu ne tueras point»).

Les rites initiatiques les plus anciens, qui favorisaient probablement la sublimation de la castration symbolique, ont pour dénominateur commun, une dramaturgie de la mort initiatique. Les novices, les néophytes tués symboliquement, doivent mourir à l’enfance.
C’est aussi une séparation symbolique, dramatisée, d’avec la mère, avec le plus souvent une inscription sur le corps (scarifications etc).

La «mort de l’enfance», comme nous l’avons vu, interroge et réactualise les éprouvés archaïques, ce qui s’est déroulé lors des premières relations infantiles.
Son aboutissement potentiel dépend du bon déroulement de l’opération première de séparation-individuation (ou séparation-différenciation selon l’expression de René ROUSSILLON).

L’adolescent fait le deuil de l’enfant en lui, fait le deuil des parents idéalisés (parricide symbolique, tuer symboliquement ses parents, mourir en tant qu’enfant pour renaître en tant qu’adulte en devenir) mais il fait aussi le deuil de l’enfant idéal des parents.

Le désenchantement des images parentales idéalisées dans l’enfance et par conséquent la désidéalisation de soi, sont à l’origine des mouvements dépressifs ou de perte d’investissement, d’apathie. C’est le dégagement libidinal vis-à-vis des objets infantiles qui est à l’œuvre : se soustraire à l’autorité des parents est, selon FREUD, la tâche la plus douloureuse de l’adolescence.
Le travail de deuil des objets primaires ne va pas sans remise en cause du narcissisme infantile, et requiert de nouvelles élaborations psychiques, tant du point de vue de l’érotisme que des identifications, du surmoi, de l’idéal du moi, et du Moi idéal.

Le double mouvement meurtrier est la condition pour se dégager de l’idéalisation des parents et un marqueur de la différence des générations.
Le comportement «négatif» de l’adolescent est un moyen d’affirmer son identité et sa différence ( comme le petit enfant, dans la «période du non»: on se différencie en s’opposant), c’est une «mue», on se refait sa peau (aux deux sens de  « faire la peau » ). Grandir est un acte par essence agressif, disait WINNICOTT.
La construction d’une identité symbolique doit assimiler les registres du corporel, du sexuel et de l’originaire.
Si le sujet est envahi, débordé, par les énigmes du corps, de la sexualité, du désir, il peut toujours s’y soustraire et se faire l’objet de sa propre destruction. C’est la mort du désir qui est alors visée.
Indécise, l’immortalité est interrogée par l’acte.

Là encore le fantasme d’immortalité va faire partie des stratégies qui visent à ignorer les représentations parricides et incestueuses. Il crée l’illusion que la mort ne peut advenir. Elle protège de cette façon l’adolescent.

Si l’adolescence est une période de vulnérabilité, elle recèle, justement par son pouvoir de réorganisation des expériences précoces, un grand pouvoir créatif.
C’est quand l’adolescent refuse sa vulnérabilité et lorsque l’opération psychique de subjectivation ne peut se faire dans de bonnes conditions que des pathologies peuvent émerger et l’adolescent peut y laisser son potentiel créateur.
Le sentiment de vide intérieur, le retrait des investissements, la difficulté à supporter l’ambivalence (amour/haine), l’ennui (étymologie «in odium esse») sont des menaces dépressives, voire de dépersonnalisation, dont l’adolescent peut se défendre par l’addiction, les comportements à risques, la violence les excès de tous ordres. L’intensité des sensations, parfois au risque de la mort réelle, attisant un sentiment de vivre qui triomphe de la mort psychique. Mais cette jouissance fait surgir en même temps l’angoisse de perte et d’anéantissement.
[Il n’y a que deux possibilités pour se sentir exister, pour avoir un sentiment de continuité de soi et d’un soi différent d’un non-soi avec lequel un contact, une relation, est possible: la voie des émotions avec l’intériorisation des affects et la voie des sensations qui appelle la répétition (comme les enfants carencés qui peuvent se frapper la tête ou se balancer indéfiniment pour se sentir exister)]

Si l’épreuve de mort est l’épreuve essentielle de tout processus de subjectivation, on peut en guise d’exemple, en explorer les enjeux au cœur des investissements psychiques des adolescents mobilisés par le virtuel (le virtuel ne s’oppose pas à la réalité, c’est-ce qui est « en puissance », une possibilité à venir).
Internet, les réseaux sociaux, les jeux vidéos, sont l’espace d’expression, d’échange et de communication de l’adolescence, spécifiques à l’adolescence (créés parfois par des adolescents comme Facebook par exemple). Ils font partie intégrante de leur culture et l’immersion totale dans ces pratiques inquiète et fascine les adultes.
Si on considère plus spécifiquement le jeu vidéo, les expériences virtuelles, où l’excitation sensorielle est souvent maximale, proposent une autre expérience du réel.
Le corps de l’adolescent se trouve réifié dans le jeu, par un avatar (au sens étymologique, l’avatar est l’incarnation d’une divinité sur terre) auquel il peut donner une forme, des attributs, une conduite, des pouvoirs. Double physique qui fait penser au motif du double (Otto RANK) repris par FREUD dans l’Inquiétante étrangeté, effrayant et familier à la fois.
«En se confrontant à la mort avec son avatar, l’adolescent est assuré de renaître de ses cendres et ainsi de jouer à travers lui l’actualité brûlante de la mort, telle qu’elle le traverse» (Rémy POTTIER, Actuel de la mort à l’adolescence, Adolescence 72, p.205).
«La mort au virtuel, puisqu’elle n’est pas définitive, rencontre la croyance adolescente selon laquelle on peut renaître de ses cendres, à la manière du Phénix» (p.206)
C’est ce qui se joue dans beaucoup de tentatives de suicide où l’envie de mourir n’est pas d’actualité.

Françoise DOLTO écrivait que beaucoup d’adolescents ont «normalement et sainement des idées de suicide», «les idées de suicide, c’est imaginaire et le désir d’aboutir vraiment au suicide c’est morbide» (p.113).
L’adolescent fantasme sa mort sous la forme métaphorique du suicide, dit-elle, «puisque je veux naître, il faut que je meure».
Selon elle, la fugue, autre manière de chercher un espace à soi, s’apparente à la tentative de suicide et répond au sentiment de vacuité intérieure.

Le jeu avec son avatar permet à l’adolescent de figurer l’enjeu de la mort sans en courir le risque et permet d’apprivoiser la pulsion de mort dans une expérience de consolation.
Même si la possibilité d’une addiction existe, avec alors un blocage du processus, dans une répétition mortifère, le jeu engage l’adolescent dans un processus de symbolisation. Symptôme ou créativité sont là encore les deux issues possibles.

Certains généticiens qui s’interrogent sur la phylogénèse (et l’ontogénèse) voient dans l’allongement de l’adolescence dans nos sociétés, une façon pour l’homme de conserver le plus longtemps possible une plus grande plasticité cérébrale, psychique, afin de s’adapter à son environnement en perpétuelle mutation et de plus en plus technologique (voire biotechnologique).

Le fantasme d’immortalité à l’adolescence est donc un système défensif original, comme tout fantasme il est un compromis entre les forces pulsionnelles et les forces de renoncement. L’illusion est une compensation au renoncement.
Il a une fonction narcissique au moment où le moi est attaqué par les pulsion génitales et où les idéaux infantiles se désagrègent. Il permet d’effacer le danger potentiel, en autorise la méconnaissance. L’immortalité défend d’une menace.
«Le fantasme d’immortalité n’est pas l’inverse de la représentation de la mort», écrit Philippe GUTTON mais  « l’assurance que cette représentation ne peut surgir car susceptible de bouleverser le déroulement des processus pubertaires. Le travail psychique en cours s’étaie sur des fantasmes d’immortalité suffisamment bons »  (Essai sur le fantasme d’immortalité à la puberté, Cliniques Méditerranéennes 1993, 39/40, p.146).
Si le fantasme n’est pas suffisamment bon, si l’adolescent en doute, il doit alors l’interroger et vérifier ses mesures défensives.

«La destructivité est la «créativité du pauvre»- écrit Philippe JEAMMET– c’est-à-dire de celui qui se sent impuissant. Avant de s’effondrer, de disparaître, il reste au moins un acte de vie, un acte prométhéen en quelque sorte : celui de détruire. «je n’ai pas choisi de naître» disent souvent les adolescents qui ont des comptes à régler avec leur filiation, mais «je peux choisir de mourir».
«Créer, réussir, aimer est aléatoire (…) détruire, en revanche, c’est avoir rendez-vous avec l’éternité, hors de toute contingence liée aux autres; c’est expérimenter la toute puissance» Philippe JEAMMET, Pour nos ados soyons adultes, 2010, Odile Jacob Poches, p.208-209).

L’investissement par l’adolescent d’une «image de lui à venir» va au contraire rendre la mort possible pour la dénier ( et devenir adulte avec une « conviction d’immortalité »).
Le «projet» de l’adolescent (l’homme fait des «projets», se vivant comme immortel) dénie, inhibe, la potentialité de sa mort, rejoignant ainsi la «fiction idéale de la normalité» (FREUD Résultats, idées, problèmes T.II, Payot 1985, p.250).
Il vient prendre le relais du fantasme d’immortalité, progressivement désinvesti, issue favorable de l’entrevue avec le mortifère de la mort.
Le travail du deuil de soi immortel inauguré durant l’adolescence restera toujours inachevé.

«Comment rencontrer la mort sans en mourir ? Comment rencontrer la mort pour pouvoir vivre ? Ainsi pourrait se définir l’un des aspects du travail de l’adolescence pour devenir adulte : entrer dans le temps incertain de la vie, et l’habiter sans que soit rompu le sentiment de continuité d’exister» Alexandra TRIANDAFILLIS (Stratégies d’immortalité à l’adolescence, Adolescence 72, p. 455).

Si les « projets », les buts, associés à l’âge adulte sont comme le soutenait FREUD, «aimer et travailler», on peut s’interroger sur la façon dont notre société où le couple et l’emploi sont les valeurs les plus mouvantes, voire inaccessibles, peut accompagner, soutenir, le désinvestissement du fantasme d’immortalité dont l’adolescent ne peut faire l’économie pour devenir adulte ?

A la crise d’adolescence correspond une «crise du milieu de la vie» des parents, le deuil de leur jeunesse voire de leurs espoirs, avec parfois l’éclatement du groupe familial, au moment où l’adolescent doit s’ouvrir à la temporalité pour s’inscrire dans la suite des générations et accéder à une autre forme d’immortalité en projetant de devenir éventuellement parent lui-même, dans un jeu de miroir dépressif où chacun doute de soi, de l’autre, et fait douter l’autre.

Françoise DOLTO écrivait : «Un jeune individu sort de l’adolescence lorsque l’angoisse de ses parents ne produit plus sur lui aucun effet inhibiteur. Ce que je dis n’est pas très agréable pour les parents, mais c’est la vérité qui peut les aider à être clairvoyants : leurs enfants ont atteint le stade adulte lorsqu’ils sont capables de se libérer de l’influence parentale en ayant ce niveau de jugement : «les parents sont comme ils sont, je ne les changerai pas et ne chercherai pas à les changer. Ils ne me prennent pas comme je suis, tant pis pour eux, je les plaque». Et sans culpabilité de les plaquer. A ce moment de rupture féconde, trop de parents voudraient rendre coupables leurs enfants, parce qu’ils souffrent et qu’ils sont angoissés de ne plus avoir l’œil sur eux : «qu’est-ce qu’ils vont devenir…ils n’ont pas d’expérience…etc» (p.24).

C’est à l’adulte de «survivre» au sens que donne WINNICOTT, et de «supporter» (au sens de soutenir, d’assumer et de subir) les adolescents, en leur laissant la place de vivre puisque l’adolescent ne désire pas «être compris», il est  « engagé dans une expérience, celle de vivre, dans un problème, celui d’exister » et de «faire face en tant qu’adultes».

C’est donc aux adultes, pour pallier la blessure inconsolable de la finitude, de faire entendre ce que nous dit FREUD :  « La vie s’appauvrit, elle perd de son intérêt, dès l’instant où dans les jeux de la vie il n’est plus possible de risquer la mise suprême, c’est à dire la vie elle-même » ( FREUD, 1915), de «garantir la priorité du vivant, de soutenir la créativité contre la destructivité» (Philippe JEAMMET, p.309) et de témoigner aux adolescents, par leur propre existence, que la vie vaut la peine d’être vécue.

BIBLIOGRAPHIE :

Annie BIRRAUX L’adolescent face à son corps, 1994, Bayard.

Vincent DI ROCCO Goûter la saveur de la mort in Adolescence 72, 2010.

Françoise DOLTO La cause des adolescents, 1988 Robert Laffont.

Anna FREUD Le moi et le ça à l’époque de la puberté, 1936 in Le moi et les mécanismes de défense, 1949, PUF.

Anxiété instinctuelle pendant la puberté (idem)

Sigmund FREUD L’inquiétante étrangeté, 1919 in Essais de psychanalyse appliquée, PUF.

Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, 1915

Trois essais sur la sexualité, 1905/1924, PUF.

Résultats, idées, problèmes T.II, 1985, Payot.

André GREEN Narcissisme de vie, narcissisme de mort, 1982, Editions de Minuit.

Philippe GUTTON Essai sur le fantasme d’immortalité à la puberté in Cliniques Méditerranéennes 39/40,1993.

Philippe JEAMMET Pour nos ados, soyons adultes 2010, Odile Jacob Poches.

Ernest JONES L’adolescence et quelques-uns uns de ses problèmes, 1922 in Théorie et pratique de la psychanalyse, Payot.

Mélanie KLEIN La psychanalyse des enfants 1959, 9ème édition, PUF, 1993.

Yves MORHAIN (sous la direction de ) L’adolescence et la mort, approche psychanalytique 2011, Editions In Press.

Rémy POTTIER Actuel de la mort à l’adolescence in Adolescence 72, 2010.

René ROUSSILLON Précarité et vulnérabilité identitaires à l’adolescence in Adolescence 72, 2010.

Agnès THIERCE Histoire de l’adolescence, 1999, Belin.

Alexandra TRIANDAFILIS Stratégies d’immortalité à l’adolescence in Adolescence 72, 2010.

Donald WINNICOTT L’adolescence, 1962 in De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot.

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