Les arts plastiques, un outil de développement pour l’enfant?

6 Nov

Picasso

Intervention au CAFÉ DES PARENTS

de Sainte-Savine,

le 12 mars 2008,

dans le cadre du Festival COURS Z’Y VITE:

LES ARTS PLASTIQUES, UN OUTIL DE DÉVELOPPEMENT POUR L’ENFANT?

Lorsque le petit enfant naît, il n’est pas « fini », son système nerveux n’a pas encore atteint sa maturité : la myélinisation des nerfs, gaine isolante qui se forme autour des fibres nerveuses et qui assure la propagation du message nerveux, sa rapidité et sa bonne qualité est la dernière étape de la maturation du cerveau, elle débute à la fin du 2ème trimestre de la grossesse, elle est très active pendant tout le 3ème trimestre mais elle est encore rudimentaire à la naissance ce qui explique par exemple pourquoi le nouveau-né ne peut pas marcher. Il faut attendre la myélinisation progressive des différentes zones du cerveau pour voir s’accomplir les progrès moteurs, sensoriels et psychiques de l’enfant. Cette myélinisation va être intense de la naissance à 3 ans, période de grands apprentissages, pendant lesquels l’enfant va pouvoir acquérir la marche, la propreté, le langage et manifester les lignes d’une pensée cohérente. Elle se poursuivra ensuite plus graduellement tout au long de l’enfance puis de l’adolescence.

Pourtant, l’enfant n’est pas pour autant végétatif, il naît naturellement doué, les 5 sens en éveil, il est sensible aux sons, à la musique, aux rythmes, aux formes, aux couleurs, aux mouvements…. il est même « surdoué » puisque tout nouveau-né est par exemple équipé pour discriminer tous les sons et donc pour comprendre et parler toutes les langues du monde (d’où l’importance dans les couples parentaux bilingues que le père et la mère parlent alternativement et exclusivement leur propre langue maternelle à l’enfant ! ), le développement du langage se fera par spécialisation et sélection des sons spécifiques d’une langue donnée .
In utero déjà, le bébé se balance spontanément et bouge lorsqu’il est sollicité par les caresses sur le ventre maternel; il réagit aux voix et manifeste déjà cette propension à jouer, créer, aller à la rencontre de l’autre, spécifiquement humaine. Ce qui est là en germe, inné, ne se développera que très peu s’il n’est pas sollicité et encouragé.

La créativité du bébé est indissociable du jeu. Chez l’enfant jouer est une activité aussi naturelle que manger et dormir. Le jeu est essentiel dans la constitution de l’appareil psychique de l’enfant : Le JEU permet l’affirmation du JE, on se construit en jouant : ainsi les premiers jeux du bébé, jeu de « coucou, le voilà, jeu de la bobine ou du Fort-Da, décrit par FREUD, sont des inventions symboliques qui permettent à l’enfant de se différencier de la mère et de maîtriser l’absence de la mère en la jouant, tout en déchargeant un affect. Le fantasme présence-absence de la mère se structure dans la répétition et à l’impression pénible laissée par la possibilité de l’absence de la mère, se substitue pour l’enfant le plaisir indirect de symboliser cette absence.
Le jeu fait partie de ce que Winnicott appelle l’espace transitionnel, il se situe dans l’espace potentiel entre le bébé et sa mère, aire intermédiaire d’expérience à laquelle contribuent simultanément la réalité intérieure et la vie extérieure     ( entre le pouce et l’ours en peluche ).

Le jeu permet le développement de la capacité de l’enfant à vivre avec les autres, il lui permet de prendre part à la vie sociale, de s’intégrer dans la société. Il est indispensable à l’équilibre affectif et intellectuel de l’enfant qu’il puisse disposer d’un secteur d’activités dont la motivation ne soit pas l’adaptation au réel, mais au contraire l’assimilation du réel au Moi, sans contrainte ni sanction : tel est le but du jeu.

Le jeu est le prétexte pour l’acquisition des 4 apprentissages fondamentaux :
Le savoir, le jeu avec l’adulte est une occasion unique d’apport de connaissances dans tous les domaines. Par le jeu, le bébé apprend des notions fondamentales comme les formes, les consistances ( doux, dur… ) les volumes ( grand, petit, gros, large… ) les couleurs, les sons… par ce qui l’environne ( mobile au dessus de son berceau, boite à musique, peluches …. Le jeu enrichit les compétences intellectuelles, la pensé, le vocabulaire, le langage; il permet la réflexion, la résolution de problèmes et l’accès à l’abstraction.
Le savoir-faire, la pratique, la mise en oeuvre et le geste. Le jeu développe les capacités motrices ( chevaucher le cheval à bascule, tirer une chenille, pousser le porteur, grimper sur un toboggan, shooter dans un ballon…). Le jeu permet à l’enfant d’exprimer et de canaliser son énergie débordante tout en renforçant son équilibre et son assurance.
Le savoir être, apprentissage de comportements lui permettant de s’intégrer dans le monde. Moment d’échange avec les parents ou d’autres enfants, il développe les relations affectives et sociales.
Le vouloir faire, sans envie il ne peut y avoir d’apprentissage ni d’évolution. Par le jeu, l’enfant travaille et découvre par le plaisir. Le jeu est expression spontanée qui ne demande rien, gratuite. Or le plaisir est à la base du développement de l’individu.

LE JEU PERMET A L’ENFANT DE COMPRENDRE ET D’APPRIVOISER LE MONDE AFIN DE POUVOIR S’Y INTEGRER.

L’intérêt pour les arts plastiques chez l’enfant s’intègre dans cette aire du jeu : dès 6 ou 7 mois, l’enfant peut saisir un objet ou une matière ( lait, compote, peinture … ) avec la main et laisser une trace de façon fortuite, barbouiller, il réalise ainsi ses premiers pas dans le dessin. Selon Freud la pensée est d’abord corporelle.
Ce nouveau jeu lui procure un réel plaisir et une grande joie même s’il n’a pas vraiment conscience de ce qu’il fait et qu’il ne contrôle pas tous ses gestes. Côté parents le jeu est moins rigolo car il est en général assimilé à de la souillure. Attention toutefois à ne pas trop freiner l’enfant dans cet élan artistique car c’est pour lui un moyen de découvrir son corps et le monde! Il s’agit alors de le laisser faire tout en le contenant dans les limites fixées par les parents : lui attribuer un espace, une surface, où il pourra gribouiller, tacher comme bon lui semble….

Une des premières tentatives de l’enfant en possession d’un matériel graphique quelconque consiste à laisser une trace sur un support. L’évolution de cette trace, au fur et à mesure de la croissance de l’enfant, permettra à cet enfant une représentation et une appropriation de soi-même et du monde extérieur.
On parle dans un premier temps de traces et non de dessin. En effet, on ne peut parler de dessin que dans la mesure où la trace devient le motif du geste, ce qui n’est pas le cas dans un premier temps. Avant le 18ème mois de la vie, c’est l’activité motrice de l’enfant qui produit une trace et cette trace est ensuite soumise à son regard. La trace est alors l’enregistrement fortuit de son activité physique.

Le dessin est un en deçà du langage. Il est un compromis entre les paroles et les actes. Il s’apparente moins à la verbalisation ( basée sur des perceptions auditives ) qu’à l’écriture ( basée sur des perceptions visuelles et tactiles ) et dont il constitue à la fois les prémices et le complément. C’est un langage « agi, comme le geste, mais qui ne disparaît pas, qui laisse une trace.
Le dessin est une écriture « naturelle », qui vient du fond des âges et qui ne nécessite pas d’apprentissage spécial ( les écoles enseignent des techniques, une certaine maîtrise visuo-motrice, des conventions, mais l’essentiel de l’œuvre se fonde sur la personnalité individuelle ).
Le dessin est à la fois un langage universel propre à l’humanité entière :
( Jusqu’à 6 ans environ, à quelques nuances près, tous les enfants quelle que soit leur origine ethnique ou socioculturelle, dessinent de la même manière. Tous les dessins d’enfants franchissent les mêmes étapes, les mêmes stades d’acquisition graphique…)
et un langage très personnalisé, il suggère autant qu’il dit, condensé et extension de son auteur .

Chez l’enfant, l’acte de dessiner est destiné à créer tout court et ce faisant à se créer lui-même. Le dessin contribue à l’établissement d’une cohérence intime. En lui se conjuguent les données des perceptions visuelles, de l’affect, de la motricité et du mot, et les premiers effets de l’acte graphique seraient de relier ces données composites pour en faire une entité mentale unifiée.
Dessiner c’est créer ainsi des circuits neuronaux, des structures mentales dont le fonctionnement solidarisé, devient progressivement plus efficace.
L’acte graphique sert de miroir : la projection sur le papier des images mentales permet au dessinateur de mieux voir ce qui se passe à l’intérieur de lui-même. Ainsi l’acte de dessiner contribue-t-il au changement, à l’évolution, à la construction du moi.
Ainsi l’apparition du cercle dans l’évolution graphique de l’enfant coïncide avec la prise de conscience de son identité, de la différenciation entre ce qui est de l’ordre du moi et du non-moi, de ses possibilités d’autonomie et d’indépendance. C’est l’âge du « moi-je » qui marque une étape fondamentale du développement psychique. Cette enveloppe évocatrice d’une vie intra-utérine va évoluer en « bonhomme têtard » puis en bonhomme de plus en plus élaboré.

Comme tout langage, le dessin s’adresse à quelqu’un ( « regarde Maman ! Tiens Papa ! Voilà Maîtresse ! c’est pour toi que j’ai fait ce dessin !  » ). Le message que l’enfant envoie à son interlocuteur est moins un appel à regarder son oeuvre qu’à le regarder lui, pour établir un dialogue.
Aussi il convient d’une part de ne pas rester sourd, sinon le message se sclérose mais aussi de se méfier d’interprétations hâtives ou brutales qui peuvent aussi tarir à la source la spontanéité créatrice.
Si la « pulsion créative » est présente en chacun de nous, la créativité d’un sujet se développe grâce à la qualité de l’environnement périnatal dont ce sujet a bénéficié, à la quantité et à la qualité des échanges avec l’environnement lors des premières phases de l’expérience de la vie que connaît tout bébé.

« Ou bien les individus vivent de manière créative et sentent que la vie vaut la peine d’être vécue ou bien ils sont incapables de vivre créativement et doutent de la valeur de la vie » écrit Winnicott.

L’intérêt porté aux dessins d’enfants est relativement récent. Pendant longtemps on a pensé que l’activité graphique était une simple distraction. Les premières études concernant les dessins des enfants datent du début du XXème siècle (LUQUET 1927: observation des dessins de sa fille et de leur évolution au cours du développement. Florence GOODENOUGH : dessin du bonhomme puis développement de la psychologie de l’enfant et influence de la psychanalyse).

Le dessin est devenu un matériel éminent en thérapie d’enfant, équivalent des associations libres utilisées dans l’analyse des adultes et accès privilégié à l’inconscient au même titre que le rêve. Mais il ne s’agit pas de faire une interprétation « sauvage » des dessins d’enfants, ce qui se joue dans le dessin doit s’interpréter avec prudence et respect de la personne dans la situation particulière et inédite qu’est la situation thérapeutique où un adulte est entièrement consacré à l’enfant seul, à son écoute, à son regard. Le jeu et le dessin permettent l’installation d’une situation transférentielle entre le thérapeute et l’enfant. Le dessin pas plus que le rêve ne peut être interprété hors de son contexte.
Cette figurabilité à l’état de veille, de la scène psychique inconsciente se trouve à portée de la main tant corporelle que psychique, de l’enfant qui dessine. Cette faculté étonnante disparaîtra progressivement sensiblement à la fin de la période de latence.
Il s’agit d’un processus assez paradoxal auquel l’adulte n’aura plus accès hormis dans la création artistique.

En attendant de devenir éventuellement artistes, tous les enfants ont droit à l’art pour en éprouver le plaisir et développer leur intelligence. L’art est une libération, un moyen de s’exprimer, de parler de soi, un enfant doit pouvoir faire ses expériences et goûter à différentes propositions pour trouver ce qui lui plait vraiment. Cependant, s’obnubiler sur ses performances et lui demander des chefs d’œuvres peut tuer sa créativité en le mettant dans une logique de rentabilité au lieu de valoriser la curiosité et le temps passé à réaliser quelque chose de créatif.
Il est question de loisirs et non de compétition et quels que soient les choix de l’enfant ( et non ceux des parents ! ) il faut veiller à ce que l’enfant ait encore le temps de ne rien faire, de rêver:  son imagination et sa réflexion se développeront ainsi d’elles-mêmes !

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