La cure psychanalytique

12 Jan

La cure psychanalytique :

La cure psychanalytique est à la fois une méthode de connaissance de soi et de traitement de la souffrance psychique.

Cette méthode de soins mise au point par Freud, permet de soulager la détresse des êtres humains (enfants ou adultes) éprouvant des souffrances psychologiques (angoisses, anxiétés, phobies, dépressions, délires). Elle n’utilise pas les procédés habituels de la psychiatrie classique : le psychanalyste, à la différence du psychiatre, ne délivre aucun médicament et ne propose pas d’internement dans un service spécialisé ; il se met à l’écoute du patient et engage avec lui une relation particulière, absolument privée, ne faisant intervenir aucun tiers, mettant au premier plan la confidence parlée.

La cure requiert du temps, sa durée ne peut être déterminée à l’avance (on ne peut prescrire un certain nombre de séances), elle se déroule sur des années ; elle nécessite un investissement en temps et en argent.

Elle suppose un acte volontaire : La thérapie analytique ne peut s’imposer autoritairement : ce serait contrarier sa vocation même et nuire au bon déroulement de la cure. Le sujet qui souffre prend l’initiative de la cure et va consulter librement un thérapeute. Dans le cas des thérapies d’enfants l’intervention des parents doit accompagner une demande réelle de l’enfant.

  • Le cadre et l’organisation de la thérapie:

La cure s’effectue selon un dispositif général précis : le patient est allongé sur un divan (cette position favorise le relâchement des tensions) et le thérapeute, assis derrière lui, n’intervient que de façon ponctuelle, ce n’est pas une conversation.
Toutefois ce dispositif n’est pas un rituel rigide et immuable, il peut comporter des variantes, notamment dans le cadre des thérapies d’enfants. Le thérapeute peut innover : il juge, selon les soins à apporter, comment doit être mis en place le cadre spatial de la cure.                                                 .
La cure engagée se compose d’une suite de consultations ou « séances » qui ont lieu à dates fixes, dans le cabinet du thérapeute : elles s’effectuent régulièrement, selon un calendrier mis au point préalablement, montrant le plein accord du patient. Une séance manquée est à la charge du patient, son règlement est requis- la thérapie analytique insiste sur la responsabilité financière et ne préconise pas la gratuité des soins. En théorie (Françoise Dolto par exemple insistait sur ce point), les enfants règlent aussi leurs séances, selon un mode réel ou symbolique, fixé par le thérapeute : cette manière de  faire engage la participation du patient, quel que soit son âge.

Ce dispositif va de pair avec un certain nombre de règles techniques que Freud a mis au point progressivement, au fur et à mesure de ses travaux et recherche, grâce à l’expérience acquise au contact de ses patients.

  • La règle fondamentale :

La remémoration est à la base de la thérapie ; elle s’accompagne d’une parole libérée des contraintes de la volonté et de la logique et repose sur le principe de la libre association d’idées : on demande au patient d’exprimer  à haute voix ce qui lui vient en tête dans le temps de la séance, d’évoquer ses souvenirs, les évènements de sa vie passée, sans souci d’ordre rationnel, et il doit procéder par associations spontanées de mots, sans craindre l’absurdité ou le non-sens. Telle est la règle de la libre association, à laquelle est tenu le patient.

Dans cette perspective le silence et le refus de parler prennent sens, ainsi que toutes les émotions accompagnant la parole (émotions qui surgissent parfois de manière inattendue, par exemple les pleurs, les cris).
La parole est donc au premier plan. Les mots employés, leur manière de se lier ou de se délier, de composer des phrases claires, confuses, ou apparemment absurdes, leur manière de s’interrompre, de faire place au silence et à l’émotion, tous ces procédés propres au patient, constituent le socle de la thérapie. Aussi Freud disait avec insistance : « Il n’y a de cure que par la parole » (dans La technique psychanalytique).

On a vu que le rêve est la « voie royale » de l’accès à l’inconscient (L’Interprétation des rêves). Il exprime de manière symbolique les désirs inconscients et offre ainsi un matériau précieux à analyser. La thérapie analytique incite le patient lui-même à interpréter ses rêves. Le thérapeute n’analyse pas les rêves du patient, mais, par des interventions successives, il guide le déchiffrement des images, grâce à sa connaissance de la technique d’interprétation. Il aide le patient à mettre en rapport le contenu du rêve avec les désirs profonds, généralement refoulés, qui déterminent les orientations majeures de sa vie : le sens du rêve est ainsi progressivement dégagé.

Cette manière de faire, associations libres, analyse des rêves,  permet, au fil des séances, de faire resurgir les désirs inconscients ayant joué un rôle dans la mise en place des souffrances qui ont amené le patient à consulter un thérapeute. Le patient effectue sur lui-même, grâce à la parole libératrice, un travail de reprise et d’approfondissement. Il prend ainsi conscience de la dimension inconsciente de sa personnalité. Le patient qui prend conscience de sentiments et de souvenirs oubliés et de leur impact sur sa vie actuelle, peut ainsi dénouer ou élaborer autrement les conflits inconscients à l’origine de ses symptômes.

  • Le psychanalyste :

Au cours de la séance le thérapeute ne dialogue pas avec son patient selon les procédés sociaux ordinaires, il n’engage pas non plus avec lui une conversation, ni ne commente ses propos sur le mode de l’accord ou du désaccord personnel. Il doit rester distant et maîtriser ses émotions. Son écoute est pleine et entière : libre de préjugés, libre d’émotions personnelles partisanes, capable de recevoir toutes les paroles du patient. Telle est la règle de « l’attention flottante » [le terme    « flotter » signale l’ouverture et la disponibilité de l’attention : l’attention du thérapeute doit intégrer de manière libre, non autoritaire, sans barrage du jugement personnel, tous les propos tenus par le patient]. L’ « attention flottante » à laquelle se soumet le psychanalyste, l’entraine à ne négliger aucun détail même minime en apparence.

Le psychanalyste doit avoir reçu une formation technique rigoureuse. Il ne doit pas nécessairement être médecin mais il doit impérativement avoir effectué lui-même une cure psychanalytique approfondie                             .

  • Le transfert :

La cure psychanalytique met au jour et utilise le phénomène du transfert ; le transfert en est son moteur.

On peut noter que ce mot, comme beaucoup d’autres expressions issues de la psychanalyse, est entré dans le langage courant (on entend de plus en plus souvent, des expressions telles que « il ou elle a fait un transfert sur moi » ou «  j’ai fait un transfert sur lui ou sur elle ») mais il a alors un sens plus psychologisant et se confond là avec les concepts de projection ou d’identification.

Cet emploi montre en tout cas qu’il s’agit d’un phénomène humain qui déborde l’analyse.  Du côté de la psychanalyse, chez certains auteurs, il a pris une extension telle qu’il semble désigner l’ensemble des phénomènes qui constituent la relation du patient au psychanalyste.

Or ce terme de « transfert », en tant que terme psychanalytique, a été introduit progressivement par Freud, développé, affiné, pour désigner plus précisément le processus par lequel les désirs inconscients de l’analysant s’actualisent sur la personne du psychanalyste, dans le cadre de la cure. Il s’agit là d’un processus inconscient,  d’une répétition d’éléments infantiles, de fantasmes, d’affects, de type de relation d’objet etc. qui viennent se répéter, dans le cadre de la relation psychanalytique, sur la personne de l’analyste, et se trouvent alors réactualisés et vécus avec un sentiment d’actualité.

Le « transfert » est avec Freud, devenu le maître mot de l’analyse, définissant la pratique analytique elle-même, « une analyse sans transfert est impossible » nous dit Freud dans son Autoprésentation (Sigmund Freud présenté par lui-même, 1925).

Mais cette innovation de Freud qui consiste donc à reconnaître dans ce phénomène une composante essentielle de la psychanalyse,  ce par quoi même cette pratique se distingue des autres psychothérapies en ce qu’elle met en jeu le transfert comme instrument de guérison dans processus de la cure, a été le fruit d’une  longue élaboration comme d’un constant étonnement de Freud devant la récurrence du phénomène. Cette reconnaissance et l’élaboration de ce concept fondamental, inhérent à la psychanalyse, se sont faits pour Freud par étapes jusqu’à la fin de sa vie.

En 1916 avec l’article Le transfert in Introduction à la psychanalyse, FREUD synthétise les avancées sur le transfert. La psychanalyse génère le transfert. Celui-ci peut être positif ou amoureux, négatif ou hostile (notion d’ambivalence).   Il se manifeste dès le début du traitement et représente pendant quelques temps «  le ressort le plus solide du travail » (p.420). Puis il se transforme en résistance, résistance qui signe son origine sexuelle et peut alors devenir hostile.

Le transfert sera surmonté « en montrant au malade que ses sentiments, au lieu d’être produits par la situation actuelle et de s’appliquer à la personne du médecin, ne font que reproduire une situation dans laquelle il s’est déjà trouvé auparavant. Nous le forçons ainsi à remonter de cette reproduction au souvenir » (p.421).

Avec Au-delà du principe de plaisir (1920) in Essais de Psychanalyse, c’est la compulsion de répétition qui rend compte du transfert. Celui-ci se trouve alors englobé dans l’économie et la dynamique générale de la répétition. Il n’y a pas seulement de la répétition dans le transfert, il est l’un des effets d’une fonction générique de répétition.

Lorsque FREUD parle de la répétition dans le transfert des expériences du passé, des attitudes envers les parents etc., cette répétition ne doit pas être prise en un sens réaliste qui limiterait l’actualisation à des relations effectivement vécues;  ce qui est essentiellement transféré, c’est la réalité psychique du sujet, son désir inconscient; les manifestations transférentielles quant à elles ne sont pas des répétitions à la lettre mais des équivalents symboliques.  On doit en effet mettre l’accent sur le fait que l’analyse et donc la relation transférentielle, soit une relation de langage, la parole y prenant une valeur particulière.

En 1926 la « doctrine du transfert » est consacrée comme l’un des trois piliers sur lesquels repose la « doctrine analytique », à côté du  refoulement  et de « l’importance des pulsions sexuelles » (Nouvelles conférences de psychanalyse).

  • But et fin de l’analyse :

Ce qui est important c’est qu’un « processus psychanalytique » s’instaure.

La « guérison » du symptôme n’a jamais été la finalité de l’analyse même si l’on est en droit d’attendre d’elle une atténuation de la souffrance psychique qui avait conduit à l’entreprendre et la capacité d’une meilleure gestion des réponses pathologiques apportées aux aléas de la vie par la compulsion de répétition.

Une cure psychanalytique vise à supprimer ou à atténuer les symptômes faisant obstacle à l’équilibre et au bonheur. Elle vise à restaurer l’amour de soi et la créativité. Elle libère le patient des obstacles et des empêchements qui perturbaient sa vie intime et sa vie sociale. Elle doit rendre capable selon Freud de « vivre, aimer et travailler ».

Aussi il serait injuste de dire que le freudisme, parce qu’il montre la suprématie de l’inconscient dans la vie psychique, incite l’homme à rester prisonnier de ses pulsions : au contraire la cure ouvre des perspectives de libération et d’épanouissement. C’est un exercice de liberté.
L’arrêt de la cure n’est pas la fin du processus psychanalytique qui se continue par la pratique de l’autoanalyse ou le retour sur le divan du même ou d’un autre analyste (d’un autre sexe, d’une autre école) pour relancer la permanente élaboration.

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