La théorie psychanalytique (4)

11 Jan

Les stades de la sexualité infantile :

Freud fait remonter la sexualité à la prime enfance. La sexualité ne commence par à la puberté mais dès l’enfance précoce. Elle suit un développement par étapes successives pour aboutir à la sexualité adulte. Freud définit plusieurs stades de développement de l’organisation de la sexualité, stades libidinaux, au cours desquelles des mécanismes psychiques particuliers se mettent en place, chaque stade correspondant au primat d’une zone érogène.

Le bébé est un petit être qui naît prématuré, à la naissance, le système nerveux du bébé n’est pas arrivé à maturation, et l’on retrouve cette absence de maturation au niveau de l’appareil psychique : celui-ci est constitué en totalité du ça, le nourrisson évolue sur un mode relativement peu conscient de l’environnement, bien que, dès la naissance, des interactions s’opèrent. Le Moi se crée progressivement et s’organise, la personnalité se constitue au fur et à mesure des contacts.

Freud déduit par ailleurs de son expérience avec les adultes que les conflits proviennent majoritairement de l’enfance. Il parle alors de pré-génitalité : des pulsions sexuelles non satisfaites étant enfant, se manifestent à l’âge adulte, notamment sous forme symptomatique. C’est d’ailleurs très tôt dans l’enfance que des mécanismes de défense comme le refoulement se mettent en place. Ces mécanismes de défense se rattachent aux stades libidinaux.

Si un stade particulier a été le théâtre de nombreux ou intenses conflits, le stade précédent, qui apportait réconfort et sécurité, a certainement fait l’objet d’une fixation. Les fixations peuvent alors se retrouver dans la suite du développement, lorsque l’adulte face à une situation qui le dépasse, par exemple lors d’un excès de frustration, régresse vers un stade, ou dans les névroses.

Les différents stades de développement se caractérisent par une zone érogène prévalente, source des pulsions principales : par exemple, au stade oral, l’enfant a des pulsions buccales liées à la fonction vitale de nutrition. La succion est alors le premier acte sexuel. Les différents stades ne se succèdent pas directement, mais se chevauchent, il n’y a pas de frontière rigide entre les différents stades. Un stade possède un objet, une source (zone érogène), et un but dont les moyens pour l’atteindre changent.

La théorie freudienne considère 4 grandes étapes de développement : le stade oral, le stade sadique-anal, le stade phallique et le stade génital, l’organisation génitale s’instituant à la puberté. Cette progression n’est pas linéaire et chaque stade va laisser des traces permanentes derrière lui.

  • Stade oral:

De 0 à 12 mois, 1ère année de la vie, 1er stade de la vie affective. La naissance instaure une relation mère/enfant de type symbiotique. L’enfant est dépendant de la mère qui le maintient en vie, il prend appui sur la mère (relation anaclitique).

 L’alimentation joue un rôle capital avec une double fonction : de nutrition et de satisfaction libidinale (recherche de plaisir auto-érotique), la fonction psychique dérivant de la fonction biologique. La zone érogène est la bouche, la zone orale. L’objet de la pulsion est le sein maternel : du besoin (prise de nourriture), l’enfant passe au plaisir de téter. Le stade oral se termine avec le sevrage (conflit relationnel qui peut être bien ou mal vécu).

 Karl Abraham a subdivisé le stade oral en deux sous-stades :

  • Le stade oral précoce ou passif (activité = avaler), de 0 à 6 mois, durant lequel l’enfant ne fait pas de différence entre lui et le monde extérieur, entre le sujet et l’objet, entre le sein et l’enfant, entre l’extérieur et l’intérieur. L’enfant n’éprouve ni amour ni haine (pré ambivalence). Phase rattachée exclusivement à la succion.
  • Le stade sadique oral (activité = morsure),  de 6 à 12 mois, il prend plaisir à mordre, c’est un stade oral actif. C’est le moment de l’apparition des premières dents ; avec les dents l’enfant s’adapte au monde extérieur, des sentiments contradictoires apparaissent (ambivalence).

Cette subdivision témoigne d’une évolution de la relation d’objet : il y a un passage de la pré-ambivalence à l’apparition du 1er conflit où la composante hostile va prendre une place prépondérante. Apparaissent chez l’enfant des fantasmes de morcellement et d’incorporation du corps maternel ainsi que l’angoisse d’être mangé (que l’on retrouve dans les contes).

Au stade oral, on parle d’identification primaire. Celle-ci se fonde sur la relation fusionnelle à la mère, identification symbiotique sur le mode de l’incorporation (antérieure à l’identification moi/non-moi) qui s’étaye sur l’allaitement ; le bébé incorpore mentalement le sein de la mère et l’investissement de l’objet se fait à partir de cette incorporation fusionnelle.  Avec le processus psychique d’introjection, le sein va pouvoir être gardé en lui en dehors des tétées [La succion du pouce est une hallucination du sein, une rêverie] ce qui le conforte dans ses assises narcissiques, et vient contrecarrer le sentiment de détresse dû à sa prématurité,

  • Stade sadique-anal :

Durant les 2ème et 3ème années de la vie de l’enfant, c’est le début de l’acquisition de la propreté, du contrôle sphinctérien qui apparaît avec les 1ers pas, la parole et la pensée. Le stade anal commence lorsque le contrôle sphinctérien s’établit et dérive donc de la maturation neuromusculaire. La zone érogène est la muqueuse anorectale.  L’objet de la pulsion est la matière fécale. Le contrôle s’exerce pour l’enfant sur son corps mais aussi sur le monde extérieur, sur la mère : l’enfant apprend qu’il peut faire plaisir à sa mère ou s’opposer à elle. Il prouve soit son hostilité soit son obéissance, il donne ou refuse de donner.

C’est aussi un objet d’échange ce qui revêt une signification symbolique : la mère devient un objet total, entier, différencié. Un autre mode de relation s’instaure, avec pour l’enfant, le plaisir à exercer son pouvoir sur l’autre. Il exerce son agressivité, agressivité chargée de plaisir (sadisme). La relation à l’objet s’exprime en terme de possession.  L’ambivalence marque ce stade.

L’angoisse typique de ce stade est l’angoisse d’être vidé, dépossédé, le contenu intestinal étant pour l’enfant une partie de lui-même.

Karl Abraham distingue :

  • Une première phase d’érotisme anal lié à l’évacuation et à l’expulsion, à la projection, le stade sadique anal : l’enfant prend du plaisir à l’expulsion des matières fécales. Le sadisme est lié à la destruction de l’objet.
  • Une deuxième phase d’érotisme anal lié à la rétention : Le stade anal de rétention : c’est le premier refus, la première opposition au désir de la mère. La pulsion sadique est liée au contrôle possessif ;  l’enfant se retient parfois volontairement, c’est à cette période que l’enfant apprend et abuse du pouvoir de dire « non ».
  • Stade phallique:

Vers 4/5 ans, ce stade se différencie des deux précédents car les pulsions sexuelles ne prennent pas appui sur une fonction biologique, elles préfigurent déjà la sexualité pubère : la zone érogène s’oriente vers les organes génitaux. Les théories sexuelles infantiles font qu’un seul type d’organe est reconnu, le pénis chez le garçon et son équivalent chez la fille, le clitoris.  Les conduites masturbatoires de l’enfant entraîne la satisfaction, la curiosité sexuelle conduit à la découverte de la différence des sexes.

L’angoisse de castration caractérise le stade phallique, en lien avec le complexe d’Œdipe, le phallus étant considéré comme un objet de puissance.

  • Complexe d’Œdipe:

Si FREUD n’a jamais proposé d’exposé théorique systématique du complexe d’Œdipe, celui-ci s’impose néanmoins comme un concept central en Psychanalyse.

Le complexe d’Œdipe joue un rôle essentiel dans la structuration psychique de l’être humain, il est l’organisateur central autour duquel se structure l’identité sexuelle de l’individu. Il est selon FREUD « le complexe nucléaire des névroses ».

Pour l’illustrer, FREUD a choisi le personnage de la tragédie de SOPHOCLE : Œdipe-Roi. Dès 1897, dans une lettre à Wilhelm FLIESS (15 octobre 1897), FREUD fait part de la découverte du complexe d’Œdipe dans son auto-analyse et interprète pour la première fois cette tragédie : « J’ai trouvé en moi comme partout ailleurs des sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants […] S’il en est ainsi […] on comprend l’effet saisissant d’Œdipe-Roi. La légende grecque a saisi la compulsion que tous reconnaissent parce que tous l’ont ressentie. Chaque auditeur fut un jour en germe, en imagination, un Œdipe et s’épouvante devant la réalisation de son rêve transposé dans la réalité ».

Le mythe d’Œdipe:

Laïos, fils de Labdacos, avait épousé Jocaste et régnait à Athènes. Affligé de ne pas avoir d’enfant, il consulte l’Oracle de Delphes qui lui annonce qu’un enfant né de Jocaste « tuera son père et épousera sa mère ». Laïos renvoie alors Jocaste sans explication. Celle-ci, mortifiée, l’enivre et l’attire dans sa couche, à la nuit tombée. Neuf mois plus tard, Jocaste met au monde un fils. Laïos  perce les pieds de l’enfant d’un clou, les attache et fait exposer le bébé sur mont Cithéron.

Un berger  trouve l’enfant et le conduit à Corinthe où règne le roi Polybos. Polybos et son épouse Périboea qui désespèrent d’avoir un héritier, s’attachent à l’enfant et lui donnent le nom d’Œdipe (« celui qui a les pieds enflés ») du fait de sa blessure aux pieds. Ils l’élèvent comme leur fils sans lui révéler son origine.

Les années passent. Un jour, un Corinthien raille Œdipe, lui disant qu’il ne ressemble en rien à ses parents. Alarmé, Œdipe consulte la pythie de Delphes. Celle-ci lui répond avec horreur: « Va-t’en, misérable, éloigne-toi de l’autel ! Tu vas tuer ton père et épouser ta mère ! ». Comme Œdipe aime tendrement ses parents et qu’il tremble à l’idée d’être cause d’un malheur, il décide de s’éloigner de Polybos et de Périboea et de ne jamais revenir à Corinthe.

Alors qu’il se trouve dans l’étroit défilé qui conduit de Delphes à Daulis, Œdipe, à pied,  croise Laïos, sur son char,  qui lui ordonne brutalement  de s’écarter et de lui laisser le passage. Une des roues du char écrase le pied d’Œdipe qui, fou de colère, jette  Laïos à terre. Pris dans les rênes et trainé sur la route, Laïos meurt.

Œdipe arrive à Thèbes où sévit un monstre sanguinaire, le Sphinx : corps de lion à tête de femme, queue de serpent et ailes d’aigle. Cette créature bloque l’accès à la ville, tuant et dévorant les voyageurs qui ne peuvent résoudre la devinette qu’elle leur pose: « peux-tu me nommer l’être unique qui marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir ? ». Œdipe répond sans hésiter que « c’est l’homme car il marche à quatre pattes quand il est enfant, sur deux pieds quand il est adulte et s’aide d’une canne quand il est vieux ». Le sphinx, vaincu se jette du haut du mont Phicion et se fracasse au fond de la vallée. Les Thébains acclament Œdipe, le proclament Roi et lui donnent pour épouse Jocaste, veuve de Laïos.

Ils vivent heureux et des enfants naissent du couple incestueux : deux garçons (Etéocle et Polynice) et deux filles (Antigone et Ismène). Jusqu’au jour où  la peste s’abat sur Thèbes. L’oracle, de nouveau consulté, ordonne alors « chassez le meurtrier de Laïos! ». Œdipe  maudit le meurtrier et le condamne à l’exil. Le devin aveugle Tirésias révèle la vérité, confirmée par une lettre de  Périboea.  Jocaste se pend de honte et de douleur, Œdipe se crève les yeux avec l’épingle de la robe de la reine et renonce au trône.

Œdipe part sur les routes, conduit par la fidèle Antigone. Parvenu à Colonne, en Attique, dans le bois sacré où l’on vénère les Erinyes, il meurt. Purifié de son crime par Thésée qui l’enterre dans l’enceinte des Euménides à Athènes, sa sépulture reste un lieu sacré et bénéfique.

FREUD élabore le  contenu du concept dès L’interprétation des rêves (1900) :    « Tout se passe, schématiquement, comme si une prédilection sexuelle s’affirmait de bonne heure, de sorte que le garçon verrait chez son père, et la fille dans sa mère, un rival qu’il gagnerait à écarter […] il se peut que nous ayons tous senti à l’égard de notre mère notre première impulsion sexuelle, à l’égard de notre père notre première haine ; nos rêves en témoignent. Œdipe qui tue son père et épouse sa mère ne fait qu’accomplir un des désirs de notre enfance ».

FREUD conçoit, dans un premier temps, la forme dite « simple » du complexe d’Œdipe : Le complexe d’Œdipe est une représentation inconsciente par laquelle l’enfant exprime son amour pour le parent de sexe opposé et son hostilité pour le parent de même sexe.

FREUD ajoutera ensuite l’idée du complexe d’Œdipe « négatif » ou « inversé » : tendresse envers le parent de même sexe et opposition envers le parent de sexe opposé [le garçon s’identifie à sa mère par la « régression à l’identification », forme précoce d’amour pour l’objet].

Ces deux positions, Œdipe et Œdipe inversé, coexistent dans la psychisme et sont complémentaires selon FREUD qui infère l’existence d’une « bisexualité psychique » propre à chaque être humain, masculin ou féminin. Elles se retrouvent à des degrés divers dans la forme dite « complète » du complexe d’Œdipe et l’identité sexuelle résulte de la prévalence de l’une de ses ceux tendances sur l’autre.

En 1923, dans L’organisation génitale infantile, FREUD fait de la phase ou stade « phallique » [primat d’un sexe unique, le pénis, en tant que zone érogène et prévalence du complexe d’Œdipe en ce qui concerne la relation d’objet], la période d’acmé du complexe d’Œdipe, entre 3 et 5 ans.

En 1924, dans l’article La disparition de complexe d’Œdipe, FREUD en décrit la résolution : la triangulation œdipienne, refoulée dans l’inconscient, marque le déclin du complexe d’Œdipe et l’entrée dans la période de latence. Elle reste néanmoins l’organisateur central de la vie psychique de l’individu.

En 1925, dans l’article Quelques conséquences psychologiques de la différence anatomique entre les sexes, FREUD précise ce qu’il en est du complexe d’Œdipe pour la fille. Celle-ci, contrairement au garçon, change d’objet d’amour puisqu’elle passe d’un objet d’amour initial, son amour pour la mère, à l’objet d’amour Œdipien pour le père.

Le complexe d’Œdipe trouve une fin avec le « complexe de castration », avec lequel il entretient une étroite relation :

  • Le petit garçon « sort » de l’Œdipe par le complexe de castration : le petit garçon redoute la menace paternelle de castration. Cette menace le fait renoncer à l’objet incestueux et le garçon évolue vers une identification au père.
  • La petite fille, au contraire, « entre » dans l’Œdipe par la découverte de la castration et l’envie du pénis, le complexe de castration se manifestant par le désir d’avoir un enfant du père, l’enfant désiré du père devenant substitut du pénis.

Le déclin du complexe d’Œdipe signe l’apparition du Surmoi et l’intériorisation des interdits.                            .
Suit alors une période de latence, durant laquelle les pulsions se manifestent de moins en moins, elles sont souvent détournées ou sublimées, et les pulsions trouvent donc de nombreux nouveaux buts. C’est la période des apprentissages scolaires, de la socialisation.

L’enfant veut ressembler à d’autres, d’où un élargissement des identifications. Il s’intéresse à des choses plus concrètes. Le Moi et le Surmoi se renforcent.

  • Stade génital :

Il suppose 2 conditions :

  •  L’une psychique: avoir atteint et dépassé  le complexe d’Œdipe (jamais entièrement résolu).
  • L’autre physiologique: avoir atteint la puberté, pouvoir remplir la fonction de reproduction.

L’enjeu de la puberté et de ses transformations est « d’amener la vie sexuelle infantile à sa forme définitive et normale» écrit FREUD.
La puberté se caractérise, en tant que stade du développement libidinal, par l’unification et la hiérarchisation des pulsions partielles sous le primat du génital, de sorte que le plaisir attaché aux zones érogènes non génitales (les pulsions partielles prégénitales)  devient préliminaire à l’orgasme génital, plaisir nouveau. Le primat génital est donc le mode de dépassement normal de la disposition «perverse polymorphe» de l’enfance.

La relation génitale se développe également au niveau sentimental (relation d’objet) avec la capacité à aimer l’autre et à accepter d’être aimé en retour, dans une réciprocité, une unification sensibilité/tendresse qui ne relève plus du narcissisme et qui caractérise l’entrée dans la vie adulte.

Le travail psychique intense de la puberté réactive le conflit œdipien [rejet inconscient du parent de même sexe et projection amoureuse sur le parent de sexe opposé, l’enfant redoutant la punition du parent rival] et l’angoisse de castration, sous des formes nouvelles.                                        .
Il vient, selon FREUD, donner un sens «après-coup» aux expériences infantiles restées en suspens.

Pour être effectives dans la psychosexualité, les transformations de la puberté sont normalement préparées par le travail d’élaboration de la période de latence. [Actuellement nous assistons souvent à un échec de la latence].

La réactivation des pulsions sexuelles, exacerbées par les transformations physiologiques, s’accompagne d’une réactivation des pulsions agressives (ces deux types de pulsions, pulsion sexuelle et pulsion agressive, sont nécessaires à l’espèce humaine et à sa survie). C’est cette force des pulsions qui provoque chez l’adolescent, toute une série de comportements, d’émotions, d’humeurs, souvent intenses, nouvelles et changeantes, à la fois vis à vis de lui-même et vis à vis de son entourage.

Pour Donald WINNICOTT, l’adolescent doit passer par une zone de «pot au noir» (terme de navigation aérienne et de marine, choisi pour traduire le terme anglais, utilisé par WINNICOTT, «doldrums», terme de navigation où on ne sait pas de quel côté le vent va tourner où s’il va y avoir du vent) [qui nous rappelle les magnifiques pages du Bateau Ivre de RIMBAUD], phase de suspens où il réédite la relation triangulaire aux parents dans le complexe d’Œdipe avec «un nouveau pouvoir de destruction et de mort», où l’adolescent alterne ou fait coexister l’ «indépendance qui défie et la dépendance régressive», où il se sent isolé (les adolescents, dit WINNICOTT, sont des «isolés rassemblés, qui s’efforcent par divers moyens de former un agrégat en adoptant une identité de goûts.(…) C’est là une organisation paranoïde en réaction à l’attaque». C’est un moment où l’adolescent lutte pour établir une identité personnelle, pour «se sentir réel», utilisant parfois le groupe pour l’aider à  « se sentir réel »  dans sa lutte pour traverser le «pot au noir». Une des fonctions du groupe est l’élaboration d’une conscience d’identité.

La principale tâche de ce processus de développement est un remaniement de l’image du corps et de la façon dont l’adolescent vit son corps (grande préoccupation pour l’adolescent, il a besoin de le surveiller, de le contrôler). Le corps est le premier représentant des pulsions sexuelles et agressives plus ou moins conscientes (il est un moyen d’expression symbolique des conflits de l’adolescent, expression symbolique de son identité sexuelle). Il modifie pour l’adolescent sa relation à l’espace (ses dimensions changent, la façon de se mouvoir), sa relation au temps.

Françoise DOLTO (1908-1988) 1988 La cause des adolescents, 1989 Parole pour adolescents ou le complexe du homard, insiste sur l’idée de «mue» de l’adolescent au sujet de laquelle il ne peut rien dire. Pour illustrer ce moment de fragilité extrême, Françoise DOLTO utilise l’image du homard et des langoustes qui perdent leur carapace et se cachent sous les rochers le temps d’en acquérir une nouvelle. S’ils sont blessés, les cicatrices ne s’effaceront pas, même recouvertes par la nouvelle carapace.

La stabilisation progressive de l’image du corps permettra l’émergence d’un sentiment d’identité.

Les modifications physiologiques et pulsionnelles entraînent un autre mouvement intrapsychique, une autre tâche que devra effectuer l’adolescent : celle de se détacher de ses «objets infantiles» (mode de relation, attachement, vécus dans l’enfance, refuge maternel ou parental).                                                    .
Ce détachement, ces «adieux à l’enfance» sont nécessaires pour l’individuation du sujet mais aussi pour fonder son identité sexuelle, partie intégrante de l’identité.

Le travail de l’adolescence, art de devenir quelqu’un, se centre sur la question de la séparation d’avec l’objet primaire (problématique de détachement) et la question d’une élaboration d’une identité subjective : se construire et penser soi-même dans un lien différencié à l’autre. L’adolescence est une épreuve identitaire : se sentir exister pour soi-même et par soi-même, s’opposant à la confusion des espaces psychiques et des identifications.

La puberté est le moment de l’élaboration de la représentation de la complémentarité de deux sexes différents et par là de la bisexualité psychique (tandis que la logique d’un sexe unique, au stade phallique, donnait toute sa portée à l’angoisse de castration).

Les transformations de la puberté imposent un choix d’identité sexuelle (avec la perte d’une bisexualité potentielle et de l’indétermination de l’enfance).

L’adolescence est donc un temps de déconstruction et de reconstruction dans le registre de l’identité subjective et de l’identité sexuelle.

FREUD rappelle à maintes reprises les piliers fondateurs de la psychanalyse : l’existence de processus psychiques inconscients, la doctrine de la résistance et du refoulement, le rôle de la sexualité infantile dans le complexe d’Œdipe et dans le développement psycho-affectif, enfin la place centrale accordée au rêve et à son interprétation pour parvenir à la connaissance de l’inconscient.

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