La théorie psychanalytique (3)

10 Jan

L’accès à l’inconscient :

Pour que quelque chose soit repérable, il faut que cette chose soit accessible à la conscience. L’inconscient est par définition inconnaissable. Comment pouvons-nous alors savoir que l’inconscient existe, si nous n’en avons pas conscience ?

L’abord de l’inconscient peut s’étudier par les effets de l’inconscient sur la vie consciente, ces formations de compromis dont nous avons parlé plus haut, qui arrivent à franchir la censure inconscient/préconscient-conscient en se déguisant, en se transformant, des ratés en quelque sorte du refoulement. Ce qui est accessible, ce n’est pas le contenu de l’inconscient, ce sont les effets de ce contenu sur la vie consciente du sujet : les symptômes névrotiques, les lapsus et actes manqués, les rêves sont trois éléments qui peuvent nous faire penser que le sujet vit des choses dont il a conscience mais qui sont liées à son inconscient.

  • Le rêve :

« L’interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient de la vie psychique » écrit Freud.

Freud prend le rêve comme un rébus, un langage codé, et le déchiffre en dépliant le « contenu manifeste », le récit du rêve tel qu’il nous apparaît au réveil ou qu’il revient à la mémoire, pour en trouver un « contenu latent », ce que signifie le rêve, quels sont ses liens avec des pensées sous-jacentes. Il s’agit, pour accéder partiellement à la signification du rêve, de le dé-construire, de dé-composer son unité formelle apparente. L’analyse d’un rêve n’est pas une explication logique, il n’a pas de place pour « ça veut dire ». Ce sont les associations libres du rêveur lui-même,  le fait de laisser venir à la conscience ce que suggère telle image, tel mot composants le rêve, qui forment une chaine au bout de laquelle peut apparaître un élément (pensée, souvenir, émotion) qui n’était pas directement apparent dans le récit initial et manifeste du rêve.

Le rêve est un entrelacs, une composition d’éléments signifiants qui peuvent paraître n’avoir aucun rapport entre eux, ni logique ni cohésion, qui peuvent appartenir à ce qui s’est passé la veille (les « restes diurnes » de la vie vigile), à des souvenirs plus anciens ou à des sensations corporelles au cours du sommeil, mais la source du rêve est principalement à rechercher dans les désirs et les conflits hérités de l’enfance, au premier chef les conflits œdipiens. Freud ira jusqu’à dire « le rêve est une psychose ».

Le rêve signe une « autre scène », son analyse est le code d’accès aux pensées latentes, à ce que le rêveur sait sans le savoir. Il n’y a pas non plus de « clé des songes » qui serait un manuel de décodage, c’est au rêveur et à lui seul, dans sa singularité unique, avec l’histoire qui lui est propre, qu’il appartient de savoir, à partir des éléments du rêve, ce dont il est le porteur. L’analyste n’est qu’un auxiliaire qui met son expérience au service du rêveur.

Rêves et fantasmes sont les deux productions qui nous mettent le plus directement en contact avec la réalité psychique. Les uns et les autres manifestent le lien essentiel entre désirs et représentations : ils figurent de façon différenciée l’accomplissement déguisé de désirs refoulés et sont de ce fait les objets privilégiés de la psychanalyse.

La thèse centrale de  Freud est que « le rêve est l’accomplissement (déguisé) d’un souhait (refoulé) » dont l’origine doit être recherchée dans l’enfance du rêveur. Il peut être « décrit comme le substitut de la scène infantile, modifiée par le transfert dans quelque chose de récent » (L’interprétation des rêves, OC IV, 2003, p.600).

Le rêve est le paradigme des productions psychiques inconscientes. En montrant que le rêve a un sens et qu’il est toujours une satisfaction travestie, Freud a mis au jour le fonctionnement psychique inconscient et les ruses des désirs persistants dans leurs tentatives de déjouer les censures qui les frappent.

Le rêve est un « enfant de la nuit » ; sa première fonction est de protéger le dormeur contre les perturbations (stimulations extérieures ou motions refoulées) pour prolonger son sommeil. Le rêve dit Freud est le « gardien du sommeil ». Il ne peut remplir ce rôle qu’à la condition d’apaiser les désirs refoulés qui à l’occasion de l’abaissement de la censure qui se produit durant le sommeil, tentent de trouver une satisfaction et risquent de troubler le sommeil, provoquer un cauchemar ou le réveil. Le rêve est un compromis entre le désir de dormir issu du moi et d’autres désirs issus de l’inconscient. Le produit, collaboration des restes diurnes et des désirs inconscients, est un vécu hallucinatoire qui permet la poursuite du sommeil.

L’accomplissement de désir est rendu méconnaissable (et c’est sa condition) par la censure qui impose une distorsion, une déformation, entre le contenu manifeste (le récit du rêve qui paraît bizarre ou absurde) et le contenu latent, les idées qui en sont le moteur mais qui doivent restée ignorées du rêveur. Ce contenu manifeste est le produit d’une série de transformations qui constituent ce que Freud a nommé le « travail du rêve » avec ses quatre procédés : la condensation, le déplacement, la figurabilité et l’élaboration secondaire.

L’interprétation psychanalytique est un travail à rebours du travail de transformation du contenu latent en contenu manifeste et doit reconstituer les chaines de pensées intermédiaires depuis les représentations manifestes jusqu’aux motions pulsionnelles inconscientes (ce qui exclut comme nous l’avons dit plus haut,  un « déchiffrage » avec des éléments substituables universels ou constants).

C’est le « travail du rêve » qui constitue  l’« essence du rêve » dit Freud. Celui-ci procède en deux temps, le premier temps est celui des processus primaires :

  • La condensation qui aboutit à faire exprimer en une seule image des matériaux (événements, personnages, représentations, affects etc.) disparates voire contradictoires.

Le récit d’un rêve est en effet souvent bref mais il constitue une sorte de traduction abrégée, une représentation pouvant être le point de rencontre de plusieurs chaînes associatives, elle est dite « surdéterminée ». Inversement, une signification latente peut se retrouver dans plusieurs éléments manifestes. Les effets de la condensation sont souvent visibles sur les mots (mots valises). Un élément du rêve peut condenser une idée et son contraire. Un personnage peut évoquer plusieurs personnes voire soi-même. La condensation participe pour beaucoup à l’aspect absurde des rêves.

  • Le déplacement où une représentation affectivement neutre se substitue à une autre trop chargée d’affect. Il y a dans les rêves des différences de « centrage », les éléments les plus importants du contenu latent sont parfois représentés par des détails minimes, par exemple des faits récents, souvent indifférents. Le déplacement, sorte de brouillage des intensités psychiques, accroît l’obscurité du rêve.
  • La figurabilité ou mise en images : le rêve est composé d’images sensorielles, essentiellement visuelles ; condensation et déplacement qui travaillent de concert, choisissent les voies qui débouchent le plus aisément sur un stock d’images disponibles, tel que l’ont constitué les restes diurnes.

Le troisième effet du travail du rêve transforme les pensées du contenu latent en images manifestes. Dans les rêves, les mots font retour aux images sensorielles dont ils sont issus.  Ce peut être en  prenant les mots « au pied de la lettre », en jouant sur la polysémie des mots, en utilisant toute l’imagerie inconsciente que l’on retrouve dans les légendes, les contes etc. pour servir les propres fins du rêveur.

Ces trois processus sont le fait de l’inconscient et sont destinés à tromper la censure. Le système Pcs/Cs quant à lui, n’a pas seulement une fonction interdictrice, il intervient aussi positivement dans l’élaboration du rêve en lui donnant un semblant de cohérence qui le rapproche d’une rêverie éveillée, une « façade » acceptable pour la raison : c’est l’élaboration secondaire, « secondaire » n’indiquant pas ici une temporalité car elle n’intervient pas après les autres facteurs constitutifs du rêve, mais une prise en compte de l’intelligibilité. Cette scénarisation qui s’effectue dans le préconscient est nécessaire pour que le rêve puisse accéder à la conscience et pour que le rêve puisse être ensuite mis en récit, que l’on puisse en faire au réveil, un récit à peu près cohérent.

  • Les lapsus et actes manqués :

Qu’est-ce qu’un acte manqué ? Il s’agit d’une manifestation non intentionnelle qui survient dans la vie de tout individu normal, ratés de l’inconscient.

En langue allemande, le concept d’acte manqué a un sens plus large qu’en langue française ; il inclut un large éventail de phénomènes d’apparence anodine, comme les gestes malencontreux, les lapsus, les oublis, les négations ou les méprises et ne se limite  pas à des actes moteurs tels que la perte ou le bris d’un objet significatif, comme le veut l’usage en français.

Dans Psychopathologie de la vie quotidienne, paru en 1901, ouvrage le plus populaire et le plus lu de Freud, celui-ci décrit les différentes formes d’actes manqués et les illustre à travers de nombreux exemples.

En dépit de leur diversité, tous ces phénomènes obéissent à un mécanisme psychique commun, analogue à celui qui détermine le rêve : ils ne sont pas le fait du hasard mais ils sont l’expression manifeste d’un souhait qui avait été refoulé jusque-là dans l’inconscient, des formations de compromis entre l’intention consciente du sujet et le refoulé.  L’intention inconsciente vient se substituer à l’intention consciente. L’acte soi-disant manqué est, sur un autre plan, un acte réussi : le désir inconscient s’y accomplit.

De même que dans l’analyse d’un rêve ou d’un symptôme, c’est en recourant à l’association libre que l’on découvre le sens caché d’un acte manqué.

 

  • Le mot d’esprit :

Freud était un collectionneur de mots d’esprits [« Witz » en allemand] ainsi que d’histoires juives et il avait un fort sens de l’humour. Aussi n’est-il pas surprenant qu’il ait voulu comprendre les ressorts cachés qui déclenchent le rire.

Dans Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient (1905), il passe en revue une grande variété de formes comiques et il avance l’hypothèse que le mot d’esprit révèle l’emprise inconsciente qui gouverne le langage. Là encore, les mécanismes qui produisent l’effet comique présentent des similitudes avec le travail psychique qui s’accomplit dans le rêve (condensation, déplacement, figuration). Mais à la différence du rêve, le mot d’esprit constitue la plus sociale des activités psychiques : il est un jeu perfectionné qui cherche à tirer un gain de plaisir.

 

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