La théorie psychanalytique (1)

8 Jan

La théorie psychanalytique

Dans la définition qu’il en donne, Freud met en évidence le caractère pluriel de la psychanalyse : « la psychanalyse est :

1) le nom d’un procédé d’investigation des processus psychiques, qui autrement sont à peine accessibles ;

2) une méthode de traitement des troubles névrotiques (ou psychotiques), qui se fonde sur cette investigation, également nommée la cure psychanalytique ;

3) une série de conceptions psychologiques acquises par ce moyen et qui fusionnent progressivement en une discipline scientifique nouvelle ».

C’est donc une discipline scientifique nouvelle, élaborée à partir des observations de la vie psychique normale et pathologique, et destinée à en rendre compte. Elle nait de la nécessité pour comprendre certains actes, pensées, symptômes, de postuler des processus psychiques qui excèdent le domaine limité de la conscience mais qui ne sont pas arbitraires pour autant, qui ont un sens, une cause, que l’exploration des processus inconscients permettra de mettre à jour.

Elle se définit par son objet propre qui la distingue de toute autre approche psychologique : c’est la science de ce qui est « à l’arrière-plan du conscient », psychologie des profondeurs ou métapsychologie. [Le préfixe « méta » issu du Grec, exprimant la succession, la participation, signifie « ce qui dépasse, qui englobe », un objet, une science etc.]

La métapsychologie propose donc une connaissance exhaustive du psychisme humain, dans sa totalité.

L’appareil psychique

Freud construit une représentation de ce qu’il appelle l’appareil psychique, une représentation où l’appareil psychique constitue un ensemble et développe sa métapsychologie selon trois dimensions, trois points de vue différents, topique, dynamique et économique :

  • Freud propose une représentation topique (de topos en grec, qui signifie « lieu », notion de lieux de l’appareil psychique), comme fiction, de plusieurs parties de l’appareil psychique, appelées « instances » avec une fonction particulière, métaphorique, qui ne renvoie bien-sûr à aucune localisation anatomique. Les différentes parties qui composent le psychisme, se distinguant par un certain nombre de caractères et de fonctions différentes.
  • le point de vue dynamique :

Un jeu de forces psychiques, d’origine pulsionnelle, permet de rendre compte des phénomènes psychiques et des processus qui les sous-tendent, c’est le processus dynamique. Il y a conflit entre ces forces au sein du psychisme.

  • le point de vue économique (les processus psychiques consistant en une circulation et une répartition d’énergie pulsionnelle quantifiable, susceptible d’augmenter ou de diminuer)

Ce point de vue économique permet quant à lui, d’évaluer ces quantités d’énergie libidinale ou excitations qui circulent et se répartissent dans les différents systèmes.

Les « Topiques »

Freud construit donc une représentation de ce qu’il appelle l’appareil psychique, une représentation où l’appareil psychique constitue un ensemble (ce qu’il appelle une « topique »), différencié en parties qui s’articulent entre elles, les « instances ».

Encore une fois, nous ne sommes pas là dans la neuro-anatomie mais dans une conceptualisation abstraite de l’appareil psychique. Freud construit un modèle pour essayer de rendre compte de l’appareil psychique, pour donner forme à l’inconnaissable. C’est une fiction opératoire qui permet de pouvoir penser les phénomènes psychiques qui excèdent la conscience et ne peuvent donc pas être pensés sans une construction accessoire, de représenter ce qui par essence est soustrait au savoir.

Freud conçoit l’appareil psychique à la frontière entre les excitations sensorielles issues à la fois de l’extérieur du corps et de l’intérieur du corps et les réponses motrices ; il est le lieu d’une transformation d’énergie.

Une « topique » est donc un modèle (= métaphore) qui permet de formaliser, de rendre compte des processus psychiques. Les différentes « instances » qui composent l’appareil psychique, ont des relations les unes avec les autres selon des règles que l’on peut tenter d’expliquer.

  • 1ère topique

Elle apparaît comme notion à partir de 1895 dans les Études sur l’hystérie, puis elle est travaillée dans la correspondance avec Fliess, bien qu’elle ne se formalise réellement que dans L’Interprétation des rêves dans le chapitre VII, en 1900.

Elle définit trois pôles :

  • Le conscient
  • Le préconscient
  • L’inconscient

Système perception/conscience – préconscient :

La conscience c’est la connaissance intuitive de sa propre activité psychique dont chacun peut faire l’expérience. Elle est associée à la perception au point que Freud nomme perception-conscience le système dont elle est la fonction.

A la surface de l’appareil psychique et au contact du monde extérieur, ce système a pour fonction de percevoir les qualités sensibles, celles du monde extérieur et celles issues de l’intérieur du corps. Elle concerne donc à la fois la perception de la réalité extérieure, qui passe par les sens (goût, odorat, ouïe, toucher, vue) mais aussi la perception de la réalité interne, une connaissance de soi, de ses sensations internes, les émotions, les désirs, les sentiments etc. Elle nous permet de distinguer cette réalité interne de la réalité extérieure, de l’objet externe et nous permet de ne pas traiter de la même façon les éléments qui relèvent de l’une ou de l’autre (parler à quelqu’un n’est pas la même chose qu’un monologue intérieur ou une rêverie). La conscience est en effet un organe de perception d’une partie de nos processus de pensée.

Avec la psychanalyse, la conscience perd le statut privilégié que lui accordait la philosophie (Descartes : « je pense donc je suis ») car elle ne nous renseigne que de façon parcellaire sur la vie psychique.

La « conscience » n’est qu’une qualité attachée à certain phénomènes psychiques. Elle est vacillante, lacunaire, c’est une qualité essentiellement évanescente, qui disparait pour faire place rapidement à autre chose.

Certains phénomènes ne sont pas conscients mais sont très proches de la conscience, on peut rapidement les ramener vers la conscience (une sensation qui évoque un souvenir par exemple, ou certaines choses que l’on a apprises, mises en réserve, et que l’on va mobiliser lors d’un examen, dans un jeu…parfois nous ne savons même pas que nous le savons…nous faisons tous et constamment  cette expérience de ramener à la conscience des contenus auxquels on ne pensait pas l’instant précédent ) : ces idées latentes constituent le préconscient.

Préconscient et conscient sont assez proches, il y a entre eux un continuum.

Est préconscient ce qui est inconscient au sens descriptif mais qui peut facilement devenir conscient : ce sont toutes les traces mnésiques qui sont capables d’actualisation (souvenirs, connaissances acquises etc.). Ce qui est préconscient c’est ce qui a déjà été perçu. Peuvent faire partie de l’inconscient des traces mnésiques visuelles, olfactives, mais surtout les traces mnésiques acoustiques, les traces mnésiques de mots. Il y a alors une possibilité de mise en récit qui facilite la conscience. La mémoire se développe chez l’enfant à partir du moment où il y a cette possibilité de mise en récit, à partir du moment où il acquiert le langage qui va lui permettre, à partir de 3 ans environ, l’enregistrement des traces mnésiques.

L’expérience nous oblige à reconnaître tous les ratés de la perception consciente dans la vie quotidienne : les lapsus, les oublis, les actes manqués ainsi que les rêves qui restent incompréhensibles si nous ne nous reportons qu’aux données de la conscience. La vie psychique dépend donc d’autre chose et nous devons postuler un « au-delà » à cette conscience immédiate.

Inconscient et refoulement :

Freud n’a pas « inventé » l’inconscient, les philosophes, artistes, écrivains, savaient déjà depuis longtemps que la vie psychique ne se limitait pas aux phénomènes conscients. Ce que Freud a théorisé, ce sont les rapports entre la vie psychique inconsciente et le conscient. Il est le 1er à avoir théorisé cette articulation entre vie psychique consciente, les pensées, les affects, et vie psychique inconsciente.

L’inconscient proprement dit, c’est ce qui n’a pas accès à la conscience. Il désigne un système d’activité psychique, c’est pourquoi Freud a préféré le terme inconscient au terme « subconscient » qui suggère une sorte de conscience souterraine.

Le concept d’inconscient ne peut se comprendre sans celui de refoulement qui permet de différencier ce qui n’est que passagèrement inconscient, en état de latence, de ce qui est exclu de la conscience et mis dans l’incapacité d’y faire retour. Inconscient et refoulement sont deux piliers indissociables de la psychanalyse. Le refoulé n’est qu’un autre nom de l’inconscient.

Freud fait l’hypothèse que certaines représentations doivent être exclues de la conscience parce que leur contenu serait désagréable et représenterait un danger intérieur. Le sujet n’en veut rien savoir et ces représentations sont refoulées. Le refoulement est à concevoir comme un moyen de défense, là où la fuite n’est pas possible, c’est un processus psychique actif qui permet de mettre à l’écart les perceptions, les représentations que l’on souhaite éviter (par exemple la sexualité infantile, 1ère phase de la sexualité, sur laquelle s’exerce un refoulement important).

Le refoulement suppose l’inconscient, mais l’inconscient lui-même est le produit d’une première phase du refoulement que Freud postule à l’origine de l’appareil psychique : le refoulement originaire.

Les expériences sensorielles de la vie fœtale et de la vie du bébé dans les premiers mois sont très importantes sur le plan émotionnel. Elles ne laissent pas de traces dans la conscience car l’appareil psychique du bébé n’est pas encore capable d’enregistrer des représentations évocables ; le dépôt des traces mnésiques sera néanmoins suivi d’effets importants (exemple des traumatismes précoces ou des conditions de traitement des grands prématurés).

Le refoulement originaire isole l’inconscient du reste de l’appareil psychique (il existe une censure importante entre l’inconscient et le préconscient) en même temps qu’il le constitue, qu’il y implante ses premiers contenus, issus des toutes premières expériences infantiles. Ce n’est pas seulement un processus pathologique, il est constitutif de notre organisation psychique et façonne notre histoire. Le refoulement originaire est une condition nécessaire aux refoulements ultérieurs, refoulements proprement dits ou refoulements « après-coup », les seuls refoulements auxquels on soit confronté dans la cure analytique, le refoulement originaire étant inconnaissable.

Les représentations refoulées ne sont pas abolies, elles gardent une activité. Aussi, le refoulement ne se produit pas une fois pour toutes, il exige une dépense permanente d’énergie afin d’endiguer la poussée également constante des représentants pulsionnels ou de leurs rejetons. A défaut de pouvoir paraître « en personne », le refoulé produit en effet des « rejetons » qui subissent une déformation, ce sont des formations de compromis, avec une capacité à masquer ce refoulé dont ils sont issus, pour parvenir à la conscience, tels le rêve ou le symptôme. Cette déformation est indispensable pour échapper à la vigilance de la censure.

Le retour du refoulé, ne signifie pas la levée du refoulement, ce retour se fait malgré la persistance du refoulement : lapsus, actes manqués, symptômes, rêves, sont autant de rejetons qui font effraction dans le système Pcs-Cs sous la condition d’être suffisamment déformés et méconnaissables pour tromper la censure. Ces formations de compromis, produits à la fois du refoulé et de l’instance refoulante, doivent satisfaire aux deux forces présentes dans le conflit.

La cure psychanalytique au contraire, cherche à obtenir la levée du refoulement (secondaire), celle-ci est sa raison d’être. Nous y reviendrons.

L’inconscient est un lieu psychique parcouru par une énergie qui lui est propre et qui travaille selon des lois particulières.

Les contenus inconscients : le travail de la pulsion, représentation de chose/représentation de mot :

Comment se constituent les processus de pensée et sur quoi porte le refoulement ?

Les excitations somatiques provoquent chez le nourrisson des états de tensions internes auxquels il ne peut échapper. Ceux-ci constituent la source de la pulsion.

La pulsion, définie comme un concept limite entre le psychisme et le somatique, est liée pour Freud à la notion de représentant, sorte de délégation envoyée par le somatique dans le psychisme. En effet la pulsion est inconnaissable en soi, elle ne devient connaissable qu’à travers ses représentants.

Le travail de la pulsion qui consiste à transformer l’excitation endosomatique en quelque chose de psychique est déjà une forme de pensée.

Freud distingue deux éléments dans le représentant psychique de la pulsion : la représentation et l’affect. Chacun connaît un destin différent :

  • le premier élément (représentant-représentation) passe tel-quel dans le système inconscient.

« Freud voit dans les représentants-représentations non seulement les « contenus » de l’Ics, mais ce qui en est constitutif. En effet c’est dans un seul et même acte –le refoulement originaire- que la pulsion se fixe à un représentant et que l’inconscient se constitue » (J. Laplanche et J-B Pontalis Vocabulaire de la Psychanalyse, Paris, PUF 1967, p .413).

  • L’affect est caractérisé par la quantité d’énergie qui vise à la décharge : le quantum d’affect qui donne la mesure quantitative de ce qui s’est passé endopsychiquement et qui a été traduit par le représentant psychique.

La quantité d’énergie ne passe pas telle quelle dans la conscience ; elle est transformée, subissant un travail à la fois quantitatif et qualitatif. L’affect se démultiplie et se répartit en petites quantités d’énergie qui se lient à des représentations de choses pour passer dans la conscience. Ce travail de passage va donner à l’affect une qualité qui n’existait pas dans l’inconscient.

Pour Freud, le développement intellectuel est le résultat d’un développement pulsionnel. L’activité psychique est le fruit de transformations à partir du somatique. La source en est la pulsion, l’aboutissement en sera la pensée. La pensée apparaît comme le résultat du travail sur les pulsions et exige un système de relations, de liens : Cf. le schéma d’André Green qui montre ce système d’emboîtement :

SOMA —- Pulsion —- Affect —- Représentation de chose —- Représentation de mot —- Pensée réflexive

Par la représentation de chose, le représentant psychique est lié, « la représentation de chose capte, limite, transforme l’énergie pulsionnelle » (André Green La représentation de chose entre pulsion et langage, in Psychanalyse à l’université, juillet 1987, Tome 12, n°47, p. 369).

Nous avons vu que le refoulement portait sur des représentations. Les contenus inconscients sont des représentations de chose (« sinon des traces mnésiques de choses directes, du moins des traces mnésiques dérivées d’elles » écrit Freud). La représentation de chose n’est pas la réplique d’une chose, une reproduction qui ressemblerait à l’original, mais une trace laissée par l’impact de la chose dans le psychisme, la quantité d’énergie que la chose a mobilisé et les bouleversements ou réaménagements que cette chose a pu provoquer, combinaison de données d’origine sensori-motrice, tactile, visuelle ou acoustique, mais aussi excitation laissée par la chose.

La représentation de chose n’est pas non plus un dépôt inerte. Elle continue à se développer dans l’inconscient, elle peut se scinder et se souder en partie à d’autres représentations de chose, par déplacement et condensation.

Elles ne peuvent parvenir à la conscience qu’à la condition que s’y ajoutent des représentations de mot.

Tandis que dans l’inconscient, la représentation inconsciente est exclusivement constituée de représentations de chose, accompagnées de leur quantum d’affect, dans le conscient, la représentation consciente comprend la représentation de chose plus la représentation de mot qui lui correspond.

L’accès à la conscience des contenus inconscients n’est donc possible qu’avec leur prise en charge par des représentations de mot. Les représentations de chose resteraient insaisissables si elles n’étaient pas reprises par la verbalisation, mode de fonctionnement propre de la pensée consciente (on pense avec des mots). Le langage, la symbolisation, seraient donc propriétés de la conscience.

Propriétés opposées du système inconscient et du système préconscient/conscient :

Les systèmes Pcs-Cs d’une part, Ics d’autre part sont des lieux psychiques différents, ayant des contenus différents et fonctionnant de façon différente.

Le système inconscient (Ics) est régi par le processus primaire (qui désigne une gestion particulière de l’énergie psychique) : dans l’inconscient l’énergie est dite  libre, la charge énergétique n’est pas liée à la représentation mais s’écoule librement, elle passe d’une représentation à une autre, elle ne vise qu’à la décharge  et ainsi à un gain de plaisir, par la voie la plus directe.

L’absence de contradiction est une caractéristique de l’inconscient, royaume de l’illogisme, deux choses opposées peuvent coexister, voire se condenser, comme dans les rêves. L’inconscient ignore l’alternative « ou bien, ou bien » au profit de la conjonction « et ».

L’inconscient ignore le « non », il ne connaît pas la négation  et par voie de conséquence la mort propre y est irreprésentable, « il se conduit comme s’il était immortel » dit Freud. Il ne connaît que l’affirmation.

L’intemporalité est également une caractéristique de l’inconscient : dans l’inconscient écrit Freud « rien n’est passé ni oublié ». L’inconscient c’est l’infantile en nous ; les contenus issus des premières expériences infantiles ou hérités des premiers âges de l’humanité perdurent et conservent leur efficacité psychique sans être altérés par les expériences ultérieures. Cette intemporalité donne au noyau inconscient son caractère inaltérable et répétitif. Le cours temporel n’y est pas reconnu, il n’y a pas de représentation du temps. L’inconscient est fait de temps mêlés (à la façon dont peut nous apparaître une ville comme Rome par exemple où coexiste la ville antique, la ville de la Renaissance et la ville moderne).

Au système Pcs-Cs correspond un système d’énergie liée caractéristique du processus secondaire : les représentations sont plus durablement investies et la mobilité des charges énergétiques mieux contrôlées. La satisfaction est susceptible d’être différée, on peut investir durablement un objet. La conscience est élaboration d’un désir. Le travail de la pensée est possible. La capacité de retenir la pulsion, permet la mise en place de l’attention, de la mémoire, la mise en place des grandes fonctions de l’esprit.

Principe de plaisir / Principe de réalité :

Les deux principes du fonctionnement psychique sont pour Freud, le principe de plaisir et le principe de réalité.

L’appareil psychique primaire est orienté vers la recherche de satisfaction

Le bébé qui naît n’est pas différencié de la mère. Il n’a pas connaissance des limites de son corps et se sent encore faisant partie du corps de la mère.

Freud postule un type d’expérience originaire : l’expérience de satisfaction, durant laquelle la tension interne créée par le besoin chez le nourrisson, est apaisée grâce à l’intervention extérieure de la mère.

Freud postule en effet un principe régulateur du fonctionnement psychique : L’ensemble de l’activité psychique a pour but d’éviter le déplaisir et de procurer le plaisir, ce qui équivaut à réduire les quantités d’excitations, à évacuer les tensions déplaisantes, à les ramener à un équilibre supportable. Le principe de plaisir est donc un principe économique.

La satisfaction pour le bébé, sera désormais liée à l’image même de l’objet qui a procuré cette satisfaction (le sein). Lorsque l’état de tension que provoque le besoin réapparaîtra, l’image de cet objet sera réinvestie. Cette réactivation produit quelque chose d’analogue à une perception : c’est une hallucination.

Freud considère qu’au début de la vie la satisfaction hallucinatoire du désir (donc le réinvestissement d’une image mnésique, d’une trace laissée par l’expérience de satisfaction), permet complètement la décharge pulsionnelle. Le désir que fait naître chez le bébé, le besoin de nourriture, sera satisfait de manière hallucinatoire par le réinvestissement de la trace mnésique de la perception.

Le réinvestissement de l’image mnésique de l’objet satisfaisant, de nature hallucinatoire, appartient au fonctionnement primaire, processus inconscient qui tend à l’absence de déplaisir.

Il n’existe dans l’inconscient aucun signe de réalité : un fantasme, une croyance, y ont autant de poids et d’efficacité psychique qu’un événement réel. Royaume de la fantaisie où vivent nos désirs, où s’organise, comme dans les rêves, leur satisfaction, l’inconscient est régi par le principe de plaisir et perpétue cette phase du développement infantile où seuls dominaient les désirs et la possibilité d’un recours à une satisfaction hallucinatoire.

Pour que l’élaboration débouche sur autre chose que la satisfaction hallucinatoire du désir, il faudra que s’étende la capacité d’attente du nourrisson.

Rapidement en effet cette satisfaction hallucinatoire ne suffira plus. Le nourrisson cherchera alors la satisfaction par d’autres moyens, et le système conscient sera nécessaire.

L’attente du sein fait émerger une représentation. C’est donc au moment où l’expérience de satisfaction fait défaut que peut naître la pensée.

 Le paramètre qui va mettre fin à ce premier mode de fonctionnement psychique et qui va faire disparaître la satisfaction hallucinatoire du désir pour faire place à une activité plus adaptée, est la déception due à l’absence persistante de la satisfaction attendue. L’enfant va renoncer à cette tentative de satisfaction par voie hallucinatoire puisque celle-ci se révèle incapable de faire cesser le besoin : « C’est le défaut persistant de la satisfaction attendue, la déception, qui a entraîné l’abandon de cette tentative de satisfaction par le besoin de l’hallucination. A sa place, l’appareil psychique dut se résoudre à représenter l’état réel du monde extérieur et à rechercher une modification réelle » (Formulation sur les deux principes du cours des événements psychiques, 1911 in Résultats, idées, problèmes I, Paris, PUF 1984, p.136).

La réalité apparaît pour le sujet quand le besoin n’est pas satisfait. La représentation de la réalité est donc associée au manque. « Ce qui était représenté, ce n’était plus ce qui était agréable, mais ce qui était réel, même si cela devait être désagréable » (Ibid. p.136).

Apparaît alors l’acte de jugement « qui doit décider impartialement si une représentation déterminée est vraie ou fausse » (Ibid. p. 136), l’épreuve de réalité : est vrai ce qui est réel, est faux ce qui ne l’est pas.

L’instauration du principe de réalité a un certain nombre de conséquences : c’est sous la pression de la réalité extérieure que les organes des sens vont se développer. La conscience, nous dit Freud, va saisir les qualités sensorielles des objets « au-delà des seules qualités de plaisir ou de déplaisir, jusqu’ici seules intéressantes » (Ibid. p.137).

Une nouvelle fonction va surgir : l’attention qui va anticiper les impressions des sens. La mémoire, quant à elle, va « mettre en dépôt les résultats de cette activité périodique de conscience » (Ibid. p.137).

Une forme de pensée reste néanmoins indépendante de l’épreuve de réalité tout en relevant de la conscience : la création de fantasmes (depuis le jeu des enfants jusqu’aux rêveries diurnes ou aux créations artistiques, façons ce concilier principe de réalité et principe de plaisir).

 

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